Jeudi, septembre 8, 2011

DIPLOCAÏNE

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Miss F, jeune lectrice qui s’abime la santé en Prépa, m’a gentiment demandé quels étaient les périodiques que j’oscariserai si une telle récompense venait à exister. L’ exercice exige une séléction des plus draconienne : pas question de livrer une interminable liste « copiée-collée » depuis les bookmarks de mon navigateur. C’est l’injection de drogue la plus pure que Mademoiselle réclame. Et comme je ne sais pas dire non aux filles, voici ce que j’ai bicrave à mon adorable junkie.

Sans surprise, le gros des publications reste anglo-saxon :

1. The Economist
2. Strategy+Business (le magazine du cabinet de conseil Booz & Co)
3. Fast Company
4. McKinsey Quarterly

Dans cet ordre.

La dominante est business. Il fallait s’y attendre. A noter que The Economist traite également de sujets de société et de géopolitique. Brillamment qui plus est… même s’il faut toujours le lire avec un œil critique : à titre d’exemple, The Economist fut l’un des plus ardents défenseurs de l’invasion irakienne.

En langue française, je ne citerai qu’un journal. Un seul. Un mensuel. C’est le Le Monde Diplomatique. Mon chouchou. Le « Diplo » c’est un journal de la résistance. Ne serait-ce que par son business model qui mérite qu’on s’y attarde : 51% de son capital appartient au journal Le Monde. Les 49% restant sont répartis entre l’association Günter Holzmann, qui regroupe l’équipe rédactionnelle du « Diplo », et l’association des Amis du Monde Diplomatique. La majorité de blocage s’élevant à un tiers du capital, il en résulte que Le Monde n’a plus aucun pouvoir sur cet enfant turbulent qui fut, à l’origine, un supplément dédié aux diplomates et autres organisations internationales. En témoigne, le débarquement manu militari d’Eric Fottorino, quand le redacteur en chef du « Diplo » est, lui, élu par ses pairs. Niel, Pigasse et Bergé peuvent virer Fottorino. Ils ne pourront jamais rien contre Serge Halimi. Petite parenthèse, ce mode d’élection du rédacteur en chef n’est pas l’apanage d’un courant de pensée, plutôt de gauche, puisque McKinsey, prestigieux cabinet de conseil et autre temple de la pensée capitaliste, désigne son Grand Prêtre de la même façon. La démocratie des idées n’est le pré carré de personne. Parenthèse close. Le Diplo c’est 2.4 millions d’exemplaires vendus chaque mois dans 28 langues avec un effort de diffusion considérable dans les pays émergents. C’est 90% de revenus assurés par les abonnements et la vente en kiosque là où le reste de l’industrie saigne en raison d’une addiction trop forte aux revenus publicitaires qu’Internet absorbe toujours un peu plus. Le « Diplo » c’est des articles d’une qualité qui relève de l’orfèvrerie. J’y ai lu le meilleur article traitant des agences de notation qui, bien que datant de 97 (!), reste d’une actualité troublante. J’y ai aussi lu un texte d’une poésie profonde sur la future exploitation des pôles.

Le Monde Diplomatique est un mensuel. Au moment où la pensée fast-food intoxique nos existences comme j’ai pu le décrire dans un récent article, le Diplo, lui, s’inscrit dans un autre rythme. Un autre temps. Celui de la réflexion. La première cause de la dégradation de la pensée c’est sa production à l’emporte pièce parfaitement illustré ici.

Twitter et Facebook c’est le « whaaaaaaaaat ? » de Lil Jon.

Signe de son sérieux journalistique, le « Diplo » accorde un budget conséquent au journalisme d’investigation. Le reporter va extraire lui-même sa matière première. Il n’outsource pas son travail à des mineurs chiliens. Il ne se contente pas de répéter une dépêche AFP. Un journaliste qui prend sa pelle et sa pioche et qui va charbonner, ça aussi, ça compte. Comme compte la générosité du journal qui met à disposition ses archives gratuitement sur son site. Tout cela contribue à faire du Monde Diplomatique un OVNI dans le monde de l’information.

Pour finir, à ceux qui pensent que lire à la fois The Economist et Le Monde Diplomatique relève du grand écart idéologique, je réponds ce que j’ai toujours répondu quand certains, mettent, chez moi, le paradoxe en évidence : « la marque d’une intelligence supérieure, c’est d’y faire cohabiter deux idées opposées, sans en altérer le bon fonctionnement ». 

posted by Samir at 19:35  

Mardi, septembre 6, 2011

1990

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Tout va trop vite, nouvelles technologies
Beeper, tatoo, tam-tam, COBE oh oui
J’utilise plus de bandes qu’une momie
J’écris des rimes sales comme Dolly
Golden
Le RPR trouve ma musique
Obscène
Mais j’serai bientôt dans le top 50 avec ma paire de Top Ten
Est-ce que je mens ?
Nan
Est-ce qu’on baissera nos futes pour quelques francs ?
Nan
Pervers j’ai l’cerveau près des couilles comme Krang
Mais j’ai de la bonne poudre comme Tang

Les blancs ne savaient pas sauter. Aujourd’hui, les noirs ne savent plus rapper.

La concurrence ferait bien de surveiller ce petit. Booba y compris.

posted by Samir at 08:50  

Jeudi, septembre 1, 2011

MAUVAISE REPUTATION

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Nous vivons une ère d’abondance.

En témoigne les poubelles de Monoprix pleines de fruits et légumes frais, qu’un employé a été bien mal inspiré de vouloir récupérer. Après avoir été licencié sans ménagements par sa direction, ce chibani pour qui « jeter la nourriture, c’est péché », fut réintégré grâce à une intensive campagne médiatique menée par d’habiles syndicalistes. Ne nous-y trompons pas, Monop’ n’a pas été pris de remords pour ce père de famille qui aurait du retrouver du travail à plus de 50 piges. Ce qu’a fait la direction de Monoprix, c’est préserver ce que certains, dans les officines académiques des Business Schools, appellent la « corporate reputation ». Un actif intangible, mouvant, aussi insaisissable que la savonnette humide de Fleury Mérogis et, néanmoins, inestimable. Le cas d’école reste celui des sweatshops de Nike, immortalisé par un case d’Harvard, où un Phil Knight pris la main dans le sac, y fait amende honorable après la fonte brutale de la capitalisation boursière de son groupe.

Monoprix réintègre un voleur de poule. Des fruits frais pourrissent dans une benne à ordure. Et pendant ce temps là, on meurt de faim dans la Corne de l’Afrique.

« Facile », me dit-elle la bouche en coeur. J’avoue. Sans m’excuser. Comme le dirait l’autre:

Ca sera toujours les mêmes thèmes
Tant que les mêmes supporteront les mêmes peines,
Tant que les mêmes perdent,
Ceux que les mêmes prennent

posted by Samir at 11:46  

Mardi, août 30, 2011

AID MOUBARAK

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Aid moubarak.

L’an hégirien 1432 est un grand cru qui a tenu toutes ses promesses. Dommage que l’Algérie vienne gâcher cette belle fête. Qu’Allah nous libère de la cosa nostra algérienne.

Qu’Il rappelle à Lui, aussi vite que faire se peut, le poulpe dévitalisé qui lui sert de Président.

Amine.

posted by Samir at 07:57  

Jeudi, août 25, 2011

DEGOUTEE

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Niko Menu & Jaime Rubiano
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Un témoignage bouleversant qui m’a donné envie de casser quelque chose ce matin. Et de vomir. C’est l’histoire d’une enfant brisée par des adultes. Débourrée comme un mauvais canasson. Un truc dégueulasse à en faire chialer les anges. C’est l’histoire de Zahra Gamaleddyn: jeune lyonnaise brillante, bachelière scientifique avec mention, aujourd’hui en quatrième année de médecine et étudiante au conservatoire de piano de Fourvière. C’est l’histoire d’un morceau de tissu sur la tête. Un bonnet. Un fichu. Quelques centimètres carrés d’étoffe qui lui ont valu l’isolement, l’exclusion, la marginalisation. C’est l’histoire d’un putain de pays des droits de l’homme qui islamophobise à tout va. Putain de pays qu’elle a songé à quitter, mais qui lui manque à chaque fois qu’elle s’en éloigne. Une vraie leçon de courage. L’instantané d’un émoi qui a réveillé
mes phalanges assoupies.

Malheur à celui qui lit ce texte sans pleurer dedans, comme pleure une fontaine dans le patio d’un Riyad. Ca commence comme ça:

J’ai commencé à porter le foulard en début de quatrième, à douze ans. Pourquoi ? C’est difficile à expliquer. D’abord par conviction religieuse. Je voulais pratiquer ma religion de A à Z, et pas de manière sélective. Nous étions deux, avec une amie, à en parler, et j’ai franchi le pas la première. C’était en 2003, avant la loi.

La suite, c’est sur le site « Les mots sont importants » dont l’un des contributeurs, le philosophe Pierre Tévanian, a été à l’avant-garde de la défense des jeunes filles voilées. Merci à lui.

posted by Samir at 11:28  

Vendredi, août 12, 2011

DU PAIN ET DU BEURRE

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Parmi tous les bénéfices du mois de Ramadan qu’ont inventoriés les savants, les médecins et autres penseurs, il en est un qui, quand on en mentionne la théorie, parait d’une évidence enfantine, mais qui reste, dans sa pratique, l’enfant pauvre du jeûneur. La date séchée qu’on délaisse au profit de sa sœur gonflée de miel et de beurre. C’est la méditation.

On pense mieux le ventre vide.

Après les premiers jours de privation qui épuisent, viennent les jours où la fatigue et la douleur se subliment en une sorte d’euphorie qui permet à l’esprit de passer la surmultipliée. Une sensation d’extralucidité qui ressemble au second souffle des sportifs. Un moment rare où ce qui fait mal fait du bien.

C’est dans un de ces moments qu’un s7ab et moi nous étions pris à discuter de la vie. De ce qui était important. Ca ressemblait à une énième tentative de refaire le Monde. Ca ne l’était pas. Chacun cherchait à faire bouger le curseur sur ce qui comptait vraiment.

L’essentiel.

Ce putain de monde était un cercle sans circonférence et nous essayions de nous recentrer, convaincus que dans le centre se trouvait le bonheur. Un peu comme le seau de pièces d’or se trouverait au bout de l’arc-en-ciel.

Après les poncifs d’usage du genre : « l’argent est important, mais ce n’est qu’un moyen. Pas une fin », « la famille et les amis avant tout » et autres dictons provençaux qui chantent, mon pote me lança :

Tu sais ce que j’aime par dessus tout Samir ? C’est les petits plaisirs de la vie. Les choses simples. En vrai, on a pas besoin de grand chose. On se perd dans les différentes ramifications du plaisir, persuadés qu’intensité rime avec sophistication. Y a pas plus tard qu’une semaine, je venais de finir le taffe. Je suis sorti du bureau, j’ai pris ma wago et je me suis rendu direct dans une boulangerie parisienne pas très loin. Elle fait des baguettes à s’en bouffer les doigts jusqu’à l’épaule. J’ai pris une baguette. Elle était chaude. Putain, ce qu’elle sentait bon. Elle embaumait tout l’habitacle de la Clio. Je roulais comme un fou pour arriver le plus tôt possible à la maiz. Je prenais les voies de bus. J’ai grillé un stop. J’ai failli faire deux accidents. Je voulais juste que ma baguette soit encore chaude une fois arrivé. Je gare la voiture. Je monte les escaliers quatre à quatre. J’ouvre la porte, ma femme m’accueille tout sourire et me dit que le dîner est prêt. Je lui demande d’attendre. Je me précipite vers le frigo. Je prends le beurre. J’en étale sur un morceau de pain. Miracle. Il est encore chaud. Le beurre y fond comme de la neige dorée. Je mords dedans. Putain, Samir, le bonheur c’est du pain et du beurre.

Il m’arrive parfois de penser que tout part en couille. L’idée que tout ce que j’aime, que tout ce que je connais est en train de dévisser. Le rap. Le foot. Le reste. Mais je me souviens ensuite de cette histoire de tartine beurrée et je me rends compte que tout ce qu’on possède dans la vie ce sont ces petits instants. Ces respirations. Un croc dans une papaye. Un souffle dans la nuque. Une bouffée de chicha pomme/menthe. Ne pas gaspiller. C’est ça qui compte.

posted by Samir at 14:17  

Dimanche, juillet 31, 2011

RAMADAN MOUBARAK

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Une petite pensée pour tous ceux et celles qui demain se priveront pour mieux se souvenir de Lui… et peut être un petit peu d’eux.

Que ce mois béni soit une lumière.

 

posted by Samir at 18:30  

Mercredi, juillet 20, 2011

NIQUE SA MERE TWITTER

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Je n’ai pas de compte Facebook et Twitter me débecte.

En cela, je fais partie d’une minorité silencieuse qui a décidé de ne pas rentrer dans la perverse logique du Social Graph, fer de lance du business model du diable Zuckerberg. Le Social Graph, ou comment mieux presser le jus de chacune des pommes qui rejoignent par milliers l’arbre immense des réseaux sociaux. Procédé du démon qui permet à P&G, Pepsi, Nestlé et Kraft de faire descendre ta vie privée dans une cave pour s’adonner à une tournante des plus glauques où la victime présumée ne peut être que consentante, quand les violeurs sont dans leur plein droit de cuissage. Si TF1 vend du temps de cerveau disponible à Coca, chez Facebook on écoule du « click » en rafales : un staccato de « I like » plus tard, et te voilà saucissoner, catégoriser, compartimenter. On a fait passer tes tweets à l’équarisseuse et tes tripes, ton foie, ton cervelat sont soigneusement pesés et emballés. Sans que tu le saches, tes abats sont stockés dans une chambre froide avant de pouvoir trouver preneur.

Les réseaux sociaux, c’est Rungis.

Le Financial Times du 19 juillet explique comment le coût par click facturé par Facebook a augmenté de 74% ces douze derniers mois. Les pubards s’étaient longtemps retenus avant de réorienter leurs traditionnels budgets TV/Print/Radio vers les canaux de la Matrice. Avec le zèle des nouveaux convertis, ils délaissent leur ancienne religion et brûlent leurs vieux temples afin de mieux embrasser leur nouvelle foi. Les réseaux sociaux s’en frottent les mains.

Facebook prépare dans le plus grand secret une IPO prévue pour le printemps 2012. Et pour faire saliver les investisseurs, Zuckerberg se doit de faire monter la mayonnaise en affichant des revenus prévisionnels qui vont faire sauter la banque, le NASDAQ et tout le putain de microcosme de la Silicon Valley. A cet effet, il redouble d’efforts pour séduire les publicitaires en multipliant les formats et, surtout, en créant une agence de conseil qui facilitera la tâche des entreprises désirant profiter s’adresser de à ses 750 millions de moutons d’utilisateurs.

Je n’ai pas de compte Facebook et Twitter me débecte.

Mais plus que la tentative d’exploiter mon jardin intérieur en voulant me refourguer du mauvais engrais, c’est la pensée fast-food dont nous inonde Facebook et Twitter qui m’indigne. Qu’est ce que Twitter si ce n’est un gigantesque canyon ou la plus petite des voix prononçant une stupidité génère un écho de 10’000 « retweets », donnant raison à Goebbels pour qui « un mensonge répété 10 fois reste un mensonge… mais un mensonge répété 10’000 fois devient une vérité ». Bombardé d’impromptus à 140 caractères, noyé dans la pensée des autres, intoxiqué de « sagesse » populaire, le « twitteraïnomane » ne s’entend plus penser. A la vérité, il ne pense plus. Sa propre voix ne lui est plus audible puisqu’il s’est fait le porte-voix des autres.

Penser, c’est se retrouver. C’est accomplir cet exil intérieur et arpenter un chemin où aucune empreinte humaine n’est visible… si ce n’est les siennes propres.

posted by Samir at 18:24  

Lundi, juillet 18, 2011

C’EST L’HISTOIRE…

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… d’un homme pays, qui chute d’un immeuble de 50 étages, depuis 50 ans. Le mec pays, au fur et à mesure de sa chute, il se répète sans cesse pour se rassurer : « Jusqu’ici tout va bien… Jusqu’ici tout va bien… Jusqu’ici tout va bien. » Mais l’important, c’est pas la chute. C’est l’atterrissage.
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posted by Samir at 09:15  

Vendredi, juillet 1, 2011

LEADERS CONTRE TECHNOCRATES

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La France va mal.

Le dire, c’est un truisme. Insister, c’est mettre un coup de savate dans une porte ouverte. D’autres que moi ont tenté d’expliquer les raisons du malaise français: son incapacité chronique à faire face à la montée des émergents. Sa machine étatique éléphantesque, sur le flanc depuis des décennies et qui saigne, et qui saigne. On vient d’apprendre que Dumbo était hémophile, ce qui rend impossible la coagulation de ses plaies. Tout comme semblent impossibles les réformes indispensables et profondes de l’appareil d’Etat. La France va mal parce qu’elle ne sait plus innover, ses cerveaux les plus brillants la quittent comme une pute à l’aube, et sa production scientifique est une goutte d’eau qui se perd dans la Mer de Chine. La dette française inquiète: les seuls intérêts qu’elle génère engloutissent les deux tiers de l’impôt sur le revenu. La dette française c’est un peu Chronos qui dévore ses propres enfants.

A cette déroute économique s’ajoute le désastre social: on monte les français les uns contre les autres, on leur demande de travailler plus pour gagner plus tout en s’augmentant de 140%, on se pose en chantre de la méritocratie pour mieux parachuter une progéniture sans diplôme à la tête de l’EPAD, on renforce la république des privilèges en accordant des logements sociaux à des putes soumises quand tant de familles pauvres croupissent sur les listes d’attentes de l’office HLM local. On fait un chèque à Lilianne Bettencourt pour s’excuser de lui avoir fait payer trop d’impôts et l’on compense cette perte de recette en coupant les allocations familiales à des mamans sans ressources. On islamophobise à tout va.

La France va mal.

Elle erre comme un bateau ivre et se dirige vers cet iceberg, jadis fossoyeur du Titanic. Et que fait le putain de capitaine? Il demande à ses matelots de modifier la disposition des chaises sur le navire. Il demande à l’orchestre de jouer une partition légèrement différente. Il demande au cuistot d’avoir la main moins lourde sur le sel. Mais quand on pose la question du cap, tout le monde baisse les yeux.

Ca navigue à vue. Ca a perdu sa boussole.

La véritable crise, en France, n’est pas économique ni sociétale. La véritable crise française est beaucoup plus profonde. C’est celle du leadership. Les richesses financières et le capital politique international accumulés par des décennies de patient travail ont été dilapidés par un moussaillon excité qui s’est pris pour le capitaine Némo. Le reliquat de la diplomatie arabe française a été liquidé par les soutiens désastreux à Ben Ali, Moubarak et Israël (la lettre à Gilad Shalit qui, dans son malheur de soldat israëlien, s’est souvenu qu’il avait la nationalité française est tout a fait symptomatique). La voix de la France, qui s’est constamment dissociée de celle des Etats-Unis en refusant l’adhésion à l’OTAN et l’invasion irakienne, a servilement fusionné ses cordes vocales avec celles de l’Oncle Sam. Le berger du Larzac est rentré dans le troupeau mondial d’abord parce qu’on fabrique, de façon industrielle, d’inoffensifs moutons au plus haut niveau de l’Etat.  Les technocrates français qui sortent de l’ENA, de Polytechnique et autres écoles pourvoyeuses de hauts fonctionnaires, ont été formés pour « faire tourner la machine ». En graisser les rouages. S’engraisser au passage. Ces technocrates sont des opérateurs. Des tourneurs-fraiseurs qui ont le souci du travail bien fait, et pour qui le « protocole » et le « manuel de procédures » ont plus d’importance que la « vision » et la « stratégie ». Ils peuvent répondre aux questions. Ils ne savent pas les poser. Ils remplissent leurs objectifs. Ils ne savent pas les fixer. Ils sont les savants du « comment » et les ignorants du « pourquoi ». Ralph Waldo Emerson, un fameux essayiste américain du 19ème siècle disait que « l’homme qui sait le « comment » aura toujours un travail. L’homme qui sait le « pourquoi » sera toujours son boss ».

Où est le boss en France, aujourd’hui? Certainement pas à l’Elysée.

Ce qui manque à la France ce sont des individus qui connaissent le « pourquoi ». Ce qui manque à la France ce sont des penseurs. Des individus capables de réfléchir par eux-mêmes, qui puissent donner du sens à la compléxité du monde, et donner une direction au pays. Ce qui manque ce sont des visionnaires qui ne se contenteraient pas de « faire tourner » la machine, mais qui puissent la réinventer. C’est cela qu’attendent les français.

Mais n’attends pas trop.

Cet homme providentiel n’arrivera jamais. Tu es sur le Titanic. Il se dirige inévitablement vers l’iceberg. Profite de la musique. Et si tu le peux, rapproche-toi des canots.

posted by Samir at 11:48  
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