METRO
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Première semaine à New York.
Après avoir brûlé quelques billets de 20 dollars dans des taxis pour aller au bureau, revenir du bureau, visiter un appartement, boire un verre, puis un autre, je me suis résolu à prendre le métro. La ligne 1 longe la 7ème avenue et la station la plus proche de mon appart est au croisement de la 50ème rue. Des escaliers, toujours sales, donnent accès aux entrailles fétides de Manhattan. Il y règne une chaleur insupportable. Un truc qu’on accepterait pas même en hiver. Je me dirige vers le guichet. J’interromps la sieste d’un renoi dégueulasse dans son uniforme dégueulasse. Il me demande ce que je veux.
- Un ticket, j’ai dit.
Il réfléchit tout en touchant sa mauvaise bedaine. Sa face est sculpté dans la graisse. C’était comme si quelqu’un avait prit la peau de son visage, en avait fait une boule de papier froissé, et l’avait remise à sa place après l’avoir mal dépliée. Ses rides étaient innombrables et profondes mais elles ne lui conféreraient aucune espèce de sagesse. Elles exprimaient un genre de ras-le-bol. Ca tournait pas rond dans sa vie. C’était évident. Il fallait que quelque chose craque et c’est son épiderme qui a morflé.
- Allez au distributeur automatique, il a répondu.
J’ai payé mon ticket et je suis allé m’asseoir sur un banc en bois mal foutu. Le mec qui avait fabriqué ça s’était soucié de tout sauf du bien être de mes reins. Les autres passagers étaient restés debout. On se dévisageait puis on regardait ses chaussures. On jouait à Tetris sur son iPhone et on machoullait du chewing gum. J’ai sorti un bouquin: Tropique du Cancer, d’Henry Miller. Le métro est arrivé dans un boucan invraisemblable. J’ai rangé mon livre. Je pensais au RER et je me le représentais comme un champ de pâquerettes où j’aurai pu étendre ma nappe à carreaux et manger des chips. La porte s’ouvre et vomit des ombres anonymes et folles, se cognant les unes aux autres comme des rats de laboratoires. Ca sent mauvais. Un truc entre le petit déjeuner carné, la bouche d’égout et le Chanel n°5. J’ai envie de vomir. Je pousse quelques ombres afin de me faire une place au milieu du wagon. Je ressors Tropique du Cancer. Personne ne parle. Tout le monde tire la tronche.
Et c’est normal.
Comment peut-on apprécier se lever à 6h00 du matin, manger de la merde dans du lait qui a un goût de détergent, mettre le même pull depuis une semaine, passer 1h30 dans le métro, travailler dans un endroit qu’on déteste pour enrichir un actionnaire qui paiera moins d’impôts qu’un père de famille avec cinq enfants à charge? La société t’apprend à dire merci pour ça. Après tout, toi t’as un boulot.
New York. Sa statue de la Liberté. Son métro. Et ses esclaves.
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Salem Samir,
Ravie d’être la première à commenter ton tout premier article sur NY!!!(tu sais combien cette ville ne me laisse pas de marbre)
Même le métro emblématique de NY ne fais plus rêver et nous renvoie à cette réalité la première puissance mondial n’est plus ce qu’elle était .. (ta référence sur les sièges démontre que rénover est difficile ) J’espère que tu trouveras tes repères dans cette jungle urbaine !!! mon instinct me dit que oui …
Mon optimisme naturel me pousse à penser que tu aborderas des articles plus élogieux sur cette ville ..
Ton éternel paradoxe travailler dans un pays capitaliste auprès d’une compagnie capitaliste tout en gardant tes valeurs risquent de s’aggraver ta schizophrénie risque de ne pas s’arranger :)
Au plaisir de te lire encore …car j’ai hâte de lire la suite de tes péripities!!!!!!
Take care of YOu
Comment by Najette — 06/10/2012 @ 20:57
Ah ton article me fait sourire.
Je suis allé pour la première fois de ma vie à New-York le mois passé. Et ce métro dont tu parles, il me dégoutait au plus au point. Ce manque de confort, cette odeur, cette chaleur infernale et surtout ces « rats de laboratoire » sont tellement symboliques de ce pays en déclin…
« Comment peut-on apprécier se lever à 6h00 du matin, manger de la merde dans du lait qui a un goût de détergent, mettre le même pull depuis une semaine, passer 1h30 dans le métro, travailler dans un endroit qu’on déteste pour enrichir un actionnaire qui paiera moins d’impôts qu’un père de famille avec cinq enfants à charge? La société t’apprend à dire merci pour ça. Après tout, toi t’as un boulot.
New York. Sa statue de la Liberté. Son métro. Et ses esclaves. »
Rien à ajouter!
Salutations.
Comment by David Pinto — 07/10/2012 @ 08:25
Salam Samir!!
Après un bon morceau de rap céfran
Tu passes au métro dégueulasse de NYC…sans précédant:)
Eh ouais mais c’est pour la même foutue raison que je suis obligée de le prendre à paris:
pas envie de mourir en vélo après avoir vu des accidents, taxi inutile compte-tenu du trafic chaotique…c’est « juste « 20 minutes à tenir pour ma part donc je ne vais pas me plaindre!!! Mais j’avoue, être dans la liste des parano de la ville: règle d’or, ne pas s’asseoir…éviter de toucher quoi que ce soit et d’être touchée, et si je pouvais mettre un masque comme à Tokyo, je le ferais! (les parigo pourraient même pas comprendre que nos amis japonais mettent des masques dans le métro lorsqu’ils son malades pour ne pas lancer leurs microbes sur les autres, truc de ouf!! bref, bonne chance pour la quête de l’appart où tu pourras enfin poser une belle nappe et des tyrrells au peanut butter pour faire un pic-nic comme sur les buttes chaumont!! Peace
Comment by S — 07/10/2012 @ 16:21
Pays en déclin ? C’est très vite dit… C’est toujours là-bas qu’on trouve les meilleurs universités, la plus puissante des armées, les meilleurs start-up, j’en passe et des meilleurs. : )
Ce n’est certainement pas parfait, mais j’en vois d’autres plus enclin à décliné que les américains.
Comment by Arthur — 07/10/2012 @ 16:29
Le quod legi n’est donc plus à jour !
Le bruit et la fureur, c’est un livre vraiment compliqué et pour lecteurs courageux ?
Comment by François — 08/10/2012 @ 13:09
@Samir: tu nous fait un remake de Charles Bukowski avec ton dernier paragraphe, pas mal:-)))
Comment by L'Héritière — 08/10/2012 @ 13:20
Ton article m’a étrangement fait penser au film « Cosmopolis ». Coincidence ?
Personellement, on dira ce qu’on veut, mais New-York est, et reste, le centre du monde. Ca n’engage que moi.
Cheers :)
Comment by Alexandre — 08/10/2012 @ 17:11
@ Arthur et Alexandre: Difficile de vous contredire.
@ Francois: je vais mettre Quod Legi a jour, tu as raison. Le bruit et la fureur de Faulkner est effectivement tres difficile d’acces.
@ L’Heritiere: J’aime bien Charlie :)
Comment by Samir — 08/10/2012 @ 21:00
Perso, je trouve les gens dans le metro newyorkais sympas, les rencontres sont faciles cest mieux qune chicha, les gens parlent facilement, soit cest ma gueule qui plait ou la tienne qui ne plait pas ah ah. Je crois que cest la tienne quand meme.
Jadore ny.
Comment by So — 12/10/2012 @ 02:01
Salam Samir,
bon ça fait un bail je sais mais ces derniers temps je n’ai plus le temps …
Bref en tout cas je viens de lire ton article (après un longue absence sur ton site) et tu m’as fait ramené quelques années en arrière (8 ans pour être exacte! je me fais vieille).
J’ai découvert NY en avril 2008 et ces 2 semaines dans cette ville m’ont fait l’adorer !
Mais bon le point de vue d’une touriste ne sera jamais le même que d’1 personne qui y vit et y travaille !
A bientôt …
Comment by Souâd — 12/10/2012 @ 11:59
Avril 2004 !
Je suis pas nulle en calcul … c’est juste que mon inconscient pensait à l’année 2008 en même temps que j’écrivais ces lignes lol
Comment by Souâd — 12/10/2012 @ 12:00
Salut Samir,
A quand le post sur le déclin de Air France?
Ca m’interesse…
Cheers.
Comment by Nosferatu — 12/10/2012 @ 13:03
@ Souâd: j’aime bien NY je te rassure. Mais qui aime bien, châtie bien :)
@ So: Ca doit être ta gueule qui plait :)
@ Nosferatu: J’ai réfléchi… et me suis dit qu’Air France ne vaut pas l’encre que me coutera l’écriture d’un article :)
Comment by Samir — 17/10/2012 @ 16:35
@Nosferatu: et pourquoi pas demander plutôt ‘à quand le post sur les remèdes pour aider Air France??’ pourquoi faut-il tjrs parler des pbs et pas de leurs solutions?
Moi j’en une des solutions, cf l’article de Septembre ‘Barrez vous’ : ‘Partez, revenez, repartez encore, revenez de nouveau. Une vertu centrale de vos pérégrinations sera d’enfin réconcilier la France, forte de vos lumières, avec la réalité du monde qui nous entoure.’
@Samir: écrit sur ton Ipad ca te coutera rien en encre:-)
Comment by L'Héritière — 17/10/2012 @ 17:20