Jeudi, mai 31, 2012

LETTRE A HASSAN

.


.
.
Tout a commencé durant cette fameuse rencontre du 28 avril au restaurant Les Editeurs. Abdou avait offert Léon l’Africain d’Amin Maalouf à Karima, ravie de recevoir un livre dont elle avait tant entendu parler. Le destin faisant bien les choses, elle avait prévu des vacances en Andalousie (le pays de Hassan Al Wazzan, rebaptisé Léon l’Africain à la suite d’une vie riche en péripéties). Elle se résolut à le lire avant son départ… et une fois arrivée à bon port, c’était comme si l’Andalousie musulmane renaissait de ses cendres. L’Alhambra avait, pour elle, une signification beaucoup plus profonde. Plus intime. Comme si elle y avait vécu à un âge, où ceux de sa religion y regnaient en maîtres absolus. Les paysages andaloux lui parlaient dans une langue que nul autre qu’elle ne pouvait comprendre. L’expérience fut si intense, si enrichissante qu’elle décida de prendre sa plume. Elle tenait absolument à écrire à Hassan. Cette lettre que je me suis facilement procuré nous fait voyager dans l’espace et le temps. On a le souffle coupé devant les photos qui accompagnent cette missive. Et, immanquablement, chacun en vient à se demander ce qu’il peut bien foutre dans son bureau en contreplaqué, dans le troisème sous-sol de la Défense.
.
.

.

Cher Hassan,

Coïncidence ou choix du destin, j’avais prévu un voyage à l’Alhambra depuis quelques mois déjà, quand, à deux semaines de mon départ, on me fit un présent bien particulier : ton autobiographie, les lettres de Léon l’Africain.
Tu imagines donc quelle fut ma joie à la lecture de ces pages et quelle fut mon excitation à l’aube du départ : crème solaire, vêtements, passeport (je t’expliquerai dans un prochain courrier le sens de ces objets) il ne fallait rien oublier, mais surtout ne pas t’oublier !

En effet, nombre de choses ont changé depuis ton époque à Grenade et sans pouvoir te les énumérer toutes maintenant, j’ai pris ce signe du destin qu’a été notre rencontre pour te faire découvrir douze siècles plus tard Grenade, Cordoue mais aussi, et surtout, l’Alhambra que tu aimais tant.

« Grenade, nulle cité ne te ressemble (…) tu es la mariée et les autres pays ta dot ».
Même si j’étais plus éloquente, même si ma plume était plus docile, je serai bien incapable de décrire ce que l’on ressent en se baladant dans l’Alhambra et ses jardins…en y observant Grenade…d’autant plus qu’à chacun des mes pas, je me remémorais tes descriptions. J’étais telle une reine avec ma longue jupe à me balader dans des jardins fleuris de roses, cyprès et jasmin, à m’imaginer qu’un jour, un prince me construirait aussi un magnifique palais !

.
.

.
.

.
.

Comme tu le vois sur les photos ci-dessus, rien n’a changé. Son charme est toujours présent…seuls les habitants d’alors ont été remplacés par quelques 6000 visiteurs journaliers ! Me croirais-tu, cher ami, si je te disais qu’à notre époque, l’Alhambra est aussi le nom porté par cette boisson enivrante qu’est la bière.
.
.


.
Eh oui, après la chute de notre empire et les dernières larmes versées par Boabdil dans la vallée en quittant Grenade, ‘Alhambra’ aujourd’hui représente pour beaucoup de Grenadins la bière locale. Affront à notre histoire ou simple utilisation Marketing (je t’expliquerai le sens de ce mot dans un prochain courrier) ? Nous pourrions en discuter prochainement.

J’aurai tellement de choses à te dire sur ton pays, sur ce qu’il est devenu, mais le temps m’est malheureusement compté. Tu m’en vois désolée.
Je souhaite donc partager avec toi un dernier point : un sentiment étrange que j’ai ressenti en visitant la ‘Mezquita de Cordoue’.
.
.


.
.

Oui, cette Mosquée devenue Cathédrale au XIIIe siècle. Sentiment de fierté pour sa beauté, pour avoir offert à l’Espagne notre plus belle représentation de la présence musulmane jusque là (notamment avec ses 600 colonnes de marbre magnifiques)…mais sentiment de tristesse aussi.Tristesse et douleur à l’idée d’avoir perdu ce lieu magique, dorénavant changé en Cathédrale et où, les messes ont remplacé l’appel du muezzin. Où seules quelques gravures en langue arabe témoignent de notre passage. Peut-être est-ce le même sentiment qui envahit un chrétien visitant la Mosquée Sainte Sophie de Constantinople, qui fut une Cathédrale jusqu’au XVe siècle ?
Sur ces quelques remarques je me dois de te quitter pour laisser libre cours à ton imagination… l’Albayzin a gardé tous ses charmes du haut de sa colline. L’Andalousie vit sa modernité dans le respect de notre héritage.

J’espère que mes nouvelles t’apporteront chaleur et envie de revenir te balader à cette époque qui est la mienne… et qui me permet de vivre un peu durant la tienne, tant ce que vous avez créé est imposant et incomparable.

Que la Paix t’accompagne cher ami.

Karima
.

posted by Samir at 13:43  

Mardi, mai 29, 2012

TROIS SONS

.
Il y a eu les Trois Contes de Flaubert. Voici les Trois Sons que toute playlist de connaisseur se doit d’incorporer.
.


.

So Simple – Alicia Keys

La fille au piano et à la voix de contralto a disparu des ondes. Et c’est une souffrance pour les adorateurs de soul music. Couverte de récompenses, adoubée par les plus grands savants de la musicologie qui reconnaissent en elle une digne héritière des Aretha Franklin, Etta James et Esther Phillips, Alicia nous prive de la grave tessiture de son organe vocal. So simple.

« Now it’s hardly simple.
It’s just simply hard
When it comes to you and…
I find myself not being myself
Just to avoid all these confrontations
Oh baby you
Oh baby me
Oh maybe we… »

.


.

I Can Read Your Mind – Avant

« I can read your mind baby…
I know what you’re thinking…
it’s alright… it’s alright »

Pouvoir lire dans ses pensées. Se perdre dans le dédale de ses contradictions et y deviner le sentiment. Dit-il non avec la tête et oui avec le cœur, comme le Cancre de Prévert?

Fantasme ultime de Mel Gibson… délicieusement mis en mélodie par Avant. Des lyrics lascifs à en faire pâlir d’envie le maître de la discipline.  Mister Robert Kelly.

.

.

When a Woman Is Fed Up – R. Kelly

Il est des sons qui se passent de commentaires.

Just press play.

.

posted by Samir at 06:15  

Dimanche, mai 27, 2012

L’AGENDA DE MALAK – JUIN 2012

.

.

CONFERENCES/DEBATS

• 07/06/2012 de 19h30 à 21h : Les idées d’un nouveau monde, avec le philosophe et académicien Michel Serres (Philosophe, Académicien, Historien de la philosophie et des sciences), et animé par Martin Legros, Rédacteur en chef de Philosophie Magazine, dans le cadre des rencontres-débats avec Philosophie Magazine au restaurant Le Procope, 13 rue de l’Ancienne Comédie 75006 Paris.

« Afin de renouer avec les querelles d’idées des philosophes des Lumières, le Procope organise tout au long de l’année en partenariat avec Philosophie Magazine des rencontres-débats autour d’invités de marque. »

Conférence gratuite sur inscription en fonction des places disponibles: www.philomag.com

http://www.procope.com/

.


.

• 11/06/2012: Rencontre–débat en anglais avec Joseph Sassoon autour de son ouvrage «Sadam Hussein’s Ba’th party» à l’iReMMO, 5/7 rue Basse des Carmes Paris 75005.

“The Baʿth Party came to power in 1968 and remained for thirty-five years until the 2003 U.S.-led invasion. (…)The true horrors of this regime have been exposed for the first time through a massive archive of government documents captured by the United States after the fall of Saddam Hussein. It is these documents that form the basis of this extraordinarily revealing book and that have been translated and analyzed by Joseph Sassoon, an Iraqi-born scholar and seasoned commentator on the Middle East. (…) Saddam Hussein’s authority was dominant. His decision was final, whether arbitrating the promotion of a junior official or the death of a rival or a member of his family. As this gripping portrayal of Saddam Hussein’s Iraq demonstrates, the regime was every bit as authoritarian and brutal as Stalin’s Soviet Union, Mao’s China, and Qadhafi’s Libya.

Joseph Sassoon is Adjunct Professor at the Center for Contemporary Arabic Studies at Georgetown University and Senior Associate Member at St Antony’s College, Oxford. (…)”

Infos: http://iremmo.webou.net/spip/spip.php?article189

• 14 et 15/06/2012: Colloque Produire le temps, organisé par l’Ircam-Centre Pompidou, l’École Polytechnique et l’École normale supérieure, à l’Ircam, Salle Igor Stravinsky, 1 place Igor-Stravinsky 75004 Paris

« L’objet de ce colloque interdisciplinaire est de faire un état des connaissances, savoir-faire et pratiques de production du temps et de susciter des fertilisations croisées associant les contributions d’artistes, concepteurs et interprètes à celles de chercheurs en mathématiques, informatique, sciences cognitives et sciences humaines.

Avec Yves André (ENS), Antoine Bonnet (compositeur), Claude Debru (ENS-Académie des sciences), Claude Delangle (saxophoniste), Petr Janata (Université de Californie, UCDAVIS), Ed Large (Université de Pennsylvanie), François Nicolas (ENS), Thierry Paul (CBNRS-École Polytechnique), François Regnault (dramaturge), Pierre-André Valade (chef d’orchestre)… »

Renseignements : http://manifeste.ircam.fr/1067.html?event=1116
colloque-temps-2012@ircam.fr

.

.

EXPOSITIONS

• Du 13/06 au 04/07/2012 : Exposition Miroirs d’Orient, ce parcours croisé entre 3 institutions approfondit la représentation de l’Orient dans la peinture occidentale du XVIIe siècle aux années 1930.

- 13/06 à 19 h ou 27/06 à 14 h 30 : Visites au musée du Louvre
- 14/06 à 19 h ou 29/06 à 14 h 30 : Visites au musée d’Orsay
- 20/06 à 19 h 15 ou 04/07 à 14 h 30 : Visites au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme dans l’exposition Les Juifs dans l’Orientalisme.

« Au XIXe siècle, l’image que l’occident se fait des musulmans orientaux est en étroite relation avec celle qu’il se fait des juifs. Les juifs d’orient sont souvent les premiers contacts dont les artistes européens disposent en Afrique du Nord, en Turquie, au Moyen-Orient, devenant en quelque sorte des passeurs d’Orient. D’Eugène Delacroix à Théodore Chassériau, en passant par Gérome, Tissot, Horace Vernet et de nombreux autres artistes, l’exposition retracera l’épopée de la représentation des juifs comme orientaux et tentera de définir leur rôle dans le développement du dialogue , idéalisé ou au contraire impossible entre Orient et Occident. » Laurence Walton

Infos et réservations

Réservation au musée du Louvre : 01 40 20 51 77
Réservation au musée d’Orsay : 01 40 49 47 50
Réservation au MAHJ, Hôtel de Saint-Aignan, 71, rue du Temple 75003 Paris : 01 53 01 86 62

.

.

• Jusqu’au 06/01/2013: Exposition Banditi Dell’Arte, à la Halle Saint Pierre 2, rue Ronsard 75018 Paris

« BANDITI DELL’ARTE, dans toute sa force poétique, est la première exposition majeure consacrée à la création hors norme italienne. Elle ouvre une porte sur l’univers particulier d’individus ayant créé en dehors de tout système artistique officiel ou d’instances culturelles reconnues. »

« On nomme bandits les rebelles qui fuient. On les a mis au ban de la société et la marge est leur seule issue. Sans terre ni maître, leur devise : tous pour un, un pour tous. Héros, champions, vengeurs, combattant pour leur idée personnelle de la justice, bien aimés et poursuivis. Sur la poussière de leurs errances, ils ont écrit leur histoire et dessiné leur légende.
Bienvenue, mesdames et messieurs, ici commence le Grand Tour au pays des bandits…de l’art! ». Gustavo Giacosa, Commissaire de l’exposition.

.

.

• Jusqu’au 05/08/2012: Tim Burton, l’Exposition, à la Cinémathèque Française, 51 rue de Bercy 75012 PARIS
« L’événement autour de Tim Burton à la Cinémathèque française est non seulement l’occasion jubilatoire de revoir tous ses films (dont ses courts-métrages les plus confidentiels) mais aussi, grâce à l’exposition majeure conçue par le MoMA à New York en 2009 et accueillie ici ce printemps, de découvrir ses talents de dessinateur, peintre, vidéaste, photographe, inventeur de sculptures bigarrées et stupéfiantes. »
Infos : http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/printemps-2012-tim-burto/

.

.

CONCERTS/SPECTACLES

Dans le cadre du Festival Paris Hip Hop 2012 qui se tiendra du 22 juin au 4 juillet en région parisienne, petite sélection perso:

• 23/06/2012: Concert, The Roots + Guests, au Zénith de Paris, 211 avenue Jean Jaurès 75019

.

.

• 23 et 24/06/2012: Festival Graffittizm, l’association kolor78, à l’origine du premier graff park de France sur la communauté d’agglomération de Mantes en Yvelines présente la seconde édition du festival Graffitizm.

Les 23 et 24 juin 2012, l’intégralité des murs du graff park sera prise d’assaut par une trentaine d’artistes graffiti de renommée internationale parmi lesquels le crew hexagonal Da Mental Vaporz (DMV), composé de neufs identités graphiques avant gardistes ayant exposé leurs talents jusqu’en Australie.

• 25/06/2012 à partir de 19:00: Conférence « HIP HOP et Littérature, même combat ? » à la Maison des Métallos 94 rue Jean Pierre Timbaud 75011 Paris.
« Pour l’édition de Paris Hip Hop 2012, honneur à la littérature ! « Le savoir est une arme», célèbre phrase du groupe Assassin soulevant l’importance de la connaissance dans la culture. L’une de ses branches, la littérature émerge en France depuis quelques années et fait lire plusieurs générations avec des ouvrages, romans et revues. Alors ce mouvement est-il novateur ? Un apport à la société contemporaine ? Ces textes sont-ils influencés par le hip hop, sa musicalité?
C’est avec Laurie du club Read et Rachid Santaki, entrepreneur et auteur de polars que s’organise la rencontre-débat « HIP HOP ET LITTÉRATURE, MÊME COMBAT ? »
L’événement se déroulera en présence d’auteurs comme Insa Sané, Sérigné M’baye, Faiza Guène ou des auteurs autoproduits qui témoigneront de leur parcours, leur rapport avec la plume, et leurs influences. Au programme, une avalanche de mots avec des témoignages, des lectures et du rythme ! »
Informations et réservations de groupes : lou@paris-hiphop.com

• 28/06/2012: Concert Médine & Tiers Monde – Gaza Team au Hangar 3/5 rue Raspail 94200 Ivry Sur Seine

.

.

Toutes les infos et toutes les manifestations : http://paris-hiphop.com/

.

.

THEATRE/CINEMA

• Jusqu’au 14/06/2012 : Théâtre, Peer Gynt, d’Henrik Ibsen, montée par Eric Ruf de la Comédie Française, au Salon d’Honneur du Grand Palais, avenue du Général Eisenhower 75008 Paris.

Bien que lié à Solveig, Peer Gynt déshonore une jeune mariée en pleine fête nuptiale. Acculé à la fuite, il se lance dans une quête effrénée d’aventures qui le conduisent dans les montagnes où il rencontre, comme dans un rêve, les Trois Filles des pâturages puis le Roi des trolls. Après avoir séduit sa fille, la femme en vert, et s’être confronté sans succès à la devise « Suffis-toi toi-même », il reprend la route et revient chez sa mère, Åse, qui se meurt.
On le retrouve vingt ans plus tard en Afrique, où il est devenu un riche marchand d’esclaves vivant dans la débauche. Fantasque, rêveur, poète, il croise, au cours de ce périple épique et fantastique, une foule de personnages qui, tous à leur manière, abordent avec lui la question de l’identité : « Qu’est-ce qu’être soi-même ? ».
Tour à tour marginal, capitaliste, prophète, Peer Gynt traverse les époques et les sociétés avant de comprendre, de retour en Norvège, la vacuité de l’existence.

Infos : http://www.grandpalais.fr/grandformat/e/peer-gynt-ibsen/

• CInéma, Les Femmes du Bus 678

.

.
.
.
.

posted by Samir at 21:26  

Vendredi, mai 25, 2012

DEUX VIEUX (2/2)

.

.

Le deuxième vieux était un algérois à l’air perpétuellement triste. Les poches sous ses yeux étaient pleines des larmes que la vie lui avait soutirées. Entre nous, on l’appelait Omar Sharif. Moins pour la moustache poivre et sel qui lui bouffait la lèvre supérieure, que pour sa passion des courses. Il adorait parier: loto, roulette, grattage, PMU, paris sportifs, paris clandestins… le deuxième vieux était intoxiqué par le jeu. Et ce dernier occupait dans son coeur une place que sa défunte épouse n’avait jamais pu lui disputer.

Toute sa retraite y passait.

Ca faisait belle lurette qu’il n’envoyait plus d’argent au pays. Certains avaient eut l’indélicatesse de rapporter d’orageuses conversations de Taxiphone (les murs y ont des oreilles…) Ses enfants lui en voulaient de les avoir dépouillés. Et ses promesses de leur rendre leur argent au centuple finissaient toujours par tomber à plat. Son « sixième sens » et cette certitude qu’il pouvait se refaire ne convainquaient personne. Le deuxième vieux avait du monde à persuader. Il devait de la thune à son proprio, à EDF, à France Telecom et à son putain de banquier. Il avait une ardoise chez le coiffeur et à l’épicerie du coin. Il avait des dettes dans les bars et même à la mosquée. L’Imam avait consacré un de ses sermons du vendredi à « la malédiction des jeux de hasard ». Et chacun savait à qui ce message était adressé. Parce que les casinos de la ville lui étaient désormais interdits, il était forcé de se déplacer pour perdre. Il empruntait à qui voulait bien ouvrir son porte monnaie. Il cherchait de nouveaux créanciers pour en rembourser de plus anciens. Il était comme ces pays du tiers-monde qui empruntent pour rembourser les intérêts des emprunts contractés auprès des grandes puissances.

Le deuxième vieux, c’était le Congo. Le costar en plus.

Il s’était assis sur le banc de pierre du premier vieux qui lui rendit un salam laconique. Son visage fermé à double tour en disait long sur les ténèbres que renfermait son âme.  Je crois qu’il se savait condamné à mourir endetté. Et il n’y a rien de pire pour un croyant. Non, il y a peut être pire: j’ai toujours en tête cette image de lui entrant en prière après avoir embrassé le ticket de PMU qui dépassait de son blazer anthracite. Quand on sait qu’Abou Hourayra (Dieu en soit satisfait) a comparé celui qui s’adonne aux jeux de hasard à celui qui se goinfre de porc…

Dieu lui pardonne. Et qu’Il nous pardonne à tous.

.

posted by Samir at 17:50  

Mardi, mai 22, 2012

DEUX VIEUX (1/2)

.

.

La place Djebraïl Bahadourian était incendiée de soleil. L’astre, qui se mourrait à petit feu, jetait ses dernières flèches iridescentes sur des platanes encore trop jeunes pour pouvoir offrir leur ombre. Le vert malachite des feuilles avait pris des couleurs d’automne et la peau des jeunes filles celle des abricots du midi.

Yoplait Panier de Fruits  dégoulinant de beauté.

Assis sur son banc de pierre, le premier vieux dégustait ce miracle chromatique en silence. Il avait l’aura d’un homme qui remerciait Dieu à chaque respiration. Et c’était comme si chacune d’elles l’enrichissait d’une pincée de sagesse. Parfois de sucre… parfois de sel. C’était un être infiniment merveilleux qui avait vécu bien des vies. Et il les avait toutes endurées avec patience. Ca l’avait rendu philosophe. Un peu amer aussi. Quand on lui demanda ce qu’était le bonheur, il s’était éclairci la gorge. Ses paroles semblaient provenir d’un lac paisible quand les nôtres dissimulaient mal la mer démontée qui nous habitait.

« Le bonheur? finissait-il par répondre… Pouvoir pisser sans hurler. Pouvoir respirer sans peine. »

La prostate et le tabac étaient passés par là. Après une des prières du Vendredi pendant laquelle l’Imam s’était attardé sur ces lettres mystérieuses précédant certaines sourates, et qui avaient obsédé des centaines de commentateurs, il avait dit comme pour lui-même: « Alif. Lam. Ra. Quand finiront- ils par comprendre qu’il n’y a rien à comprendre. Que ces lettres sont là pour nous rappeler le caractère sacré que revêt le mystère. Qu’elles sont là pour nous rappeler qu’au delà de ce que nous connaissons, il y aura toujours de l’inconnaissable. C’est le mystère qu’il nous faut célébrer. » Il retint son souffle dans la tiédeur de l’après midi, sur le point d’en dire plus, mais il n’en fit rien.

Le deuxième vieux venait de se pointer.

.

posted by Samir at 12:18  

Jeudi, mai 10, 2012

QUE BELLA

.

.

Il fallait réparer cette injustice: permettre à ces messieurs de nous dire ce qu’est, à leurs yeux, la beauté féminine après que les filles en aient eu l’opportunité (galanterie oblige).

Qu’est-ce qu’une belle femme?

La question est posée. Et ton avis m’intéresse… avant que je ne te donne le mien, comme je l’avais fait ici pour « gueule de bonhomme ».

La zone des commentaires t’est ouverte. Fais-toi plaisir.

Ladies are most welcome.

.

posted by Samir at 13:57  

Mardi, mai 8, 2012

SOUFFRIR ET COMPRENDRE

.

.

La joie et la tristesse. Les deux ne sont pas séparables. Elles arrivent ensemble, et, quand l’une d’elles s’installe seule à votre table, souvenez-vous que l’autre dort dans votre lit.

Khalil Gibran – Un Prophète

.

posted by Samir at 11:16  

Dimanche, mai 6, 2012

28 AVRIL. LES EDITEURS

.

.

Petit, j’adorais aller en Algérie. L’Algérie c’était la mer. Je me suis baigné sur ses plages bien avant de connaître celles du sud de la France. Je me souviens avoir eu le souffle coupé devant ses paysages: des falaises, des forêts et une eau d’un bleu céleste, oscillant entre le turquoise et le cyan. Les routes escarpées qui parcouraient ses montagnes menaient soit à la mort, soit à de luxuriantes criques où les coquillages étaient plus beaux et le sable plus fin. J’aimais le contact du sable sur ma peau. J’aimais y enfoncer mes pieds jusqu’à atteindre ses couches les plus fraîches. J’en prenais dans ma main. Il était tiède comme le plumage d’un oisillon. Cependant, jamais il ne restait longtemps sous mes doigts. J’en prenais de nouveau et il s’échappait. J’en saisissais une nouvelle poignée… c’était peine perdue: ses grains liquides se faisaient tous la malle. J’avais beau serrer, j’avais beau refermer mon poing jusqu’à me faire mal, le sable fuyait immanquablement ces maudites passoires qu’étaient mes mains. Et quand, après avoir assisté à cet exode j’écartais mes phalanges, je ne trouvais que des morceaux de coquillages et de minuscules cailloux. Il en va du sable comme des souvenirs. Tu vis des moments de bonheur intense, chauds comme de la silice baignée de soleil avant qu’il ne se couche. Et le temps passe. Et malgré toute la bonne volonté du monde, le souvenir de ce moment s’étiole. Inexorablement, il te quitte comme le sable échappe à tes doigts. Tu dois te contenter de fragments, de morceaux de ce qui a été. Le bonheur et ses vestiges.

Alors il faut écrire. Remplacer les photos qu’on n’a pu prendre par le nitrate d’argent de la plume. Une semaine s’est écoulée depuis la rencontre du 28 avril. Sous les recommandations de Malak, c’est au restaurant littéraire des éditeurs que nous nous sommes retrouvés aux alentours de 17h30. L’email d’invitation et l’agenda de la rencontre étaient en tous points semblables à ceux du 27 avril. Là aussi, j’étais à la FNAC de Saint Lazare à emballer mon livre (cette fois, il y avait des ciseaux) quand je reçus le SMS d’Amar: « C’est bon j’y suis. Je suis assis à la terrasse, fais moi signe quand tu arrives ». Il avait une bonne demi-heure d’avance. Arrivé à la station Odéon, je m’extirpe des bouches du métro et suis accueilli par une lourde averse. Il y avait un monde fou sur le boulevard Saint Germain. Les parapluies s’entrechoquaient. J’arpentais l’artère principale comme une âme en peine en balayant du regard les enseignes qui la longent. Pas de trace des éditeurs. Frustré, je sors mon portable pour interroger « Cheikh Google » au moment où deux agents de la paix se pointent. Je leur demande où se trouve le restaurant « les éditeurs ». Ils l’ignorent et me demandent l’adresse exacte. « 9 carrefour de l’Odéon » dis-je. « Bah… on y est monsieur ». En effet, on y était. Je reconnaissais maintenant la devanture rouge vif du restaurant. Je remerciai les policiers (particulièrement courtois) et me dirigeai vers le point de rendez-vous. Mon téléphone sonne. C’est Abdou: « Samir, je suis devant les éditeurs ». « Moi aussi. Je te vois. » On se serre la main en échangeant les formules d’usage. Mon téléphone vibre à nouveau: cette fois-ci c’est Zina. « Samir, j’ai trouvé une table à 6 places. Je suis à l’étage ». Tout semble s’imbriquer parfaitement. J’en profite pour appeler Amar qui m’avait dit attendre sur la terrasse. Il était en train de lire, l’air concentré. Je propose à tout ce beau monde d’aller s’installer. L’endroit est vraiment superbe: il y a des livres de partout. Le personnel est très poli. Omar puis Karima (à moins que ce ne soit l’inverse… satané sable qui me fuit) nous avaient rejoint quelques minutes après. Les présentations furent faites: Abdou bosse dans une grosse boîte de conseil en IT ayant pignon sur rue. C’est son premier emploi et il semble s’y plaire. Il travaille actuellement sur les sites web d’une grande banque. Karima est originaire de la région parisienne mais nous vient de Genève où elle est ingénieur d’affaires pour une firme américaine parmi les plus réputées. Amar, un peu comme Fodil la veille, semble avoir eu plusieurs vies: finance, télécoms, « fusacqu » dans le tourisme, créations d’entreprises. Omar arrive de Londres où il taffe dans une banque d’affaire en middle office et Zina officie dans un cabinet spécialisé dans la formation et le recrutement de personnel de l’industrie du luxe. Les commandes sont passées: un marco polo pour Karima, trois capuccino pour Amar, Omar et moi, et deux entrées au saumon pour Abdou et Zina. Nous conversons à bâtons rompus. Les sujets ne manquent pas: Cave Arabum, le premier blog, l’évolution de la ligne éditoriale. Je leur parle de la rencontre de la veille et immédiatement je réalise l’intérêt de se faire rencontrer ces deux groupes. Cette idée les réjouit, comme celle d’organiser une projection privée lors d’une prochaine rencontre. L’idée m’est (encore) venue de Malak. Elle a récemment fait la connaissance du réalisateur de Gazastrophe et suggérait de l’inviter à répondre aux questions des lecteurs/lectrices. Je regardai ma montre, le temps passait trop vite. Je leur ai alors proposé de passer à la cérémonie d’ouverture des cadeaux. J’offris mon livre à Abdou: Samarcande d’Amin Maalouf. Quand je lui dis avoir hésité entre ce livre et Léon l’Africain, il sourit, espiègle. J’explique que Samarcande a été le livre qui m’a donné la fièvre orientaliste durant toute mon adolescence. J’avais été fasciné par Hassan Ibn Sabah, le fondateur de la secte des Assassins. A son tour, Abdou offre son livre à Karima qui découvre… Léon l’Africain (je comprends mieux le sourire de mon voisin). « C’est un livre qui invite au voyage et qui retrace la vie fabuleuse d’un personnage très attachant. Le contexte est celui de la Reconquista. On y revit la difficile émigration des arabes de l’Andalous pour Fès. » Karima semble ravie. Elle fait passer son livre à Amar et lance un avertissement à l’assistance: « au contraire des deux livres qui viennent d’être offerts, le mien n’est pas un roman. » Amar déballe « les héritiers » de Bourdieu. Celle qui lui en a fait cadeau se lance dans une présentation de l’auteur et de sa pensée. Elle nous confie à quel point Bourdieu a été essentiel dans sa construction intime et personnelle. Elle nous recommande de nous (re)plonger dans son oeuvre afin de nous imprégner de son analyse sur la télévision (encore très actuelle) et celle sur les inégalités que chacun de nous doit dépasser. Amar offre son livre à Omar: l’Alchimiste de Coelho. « Tu l’as déjà lu? » Omar acquiesce. Ca ne décourage pas notre touche à tout qui est intarissable sur le roman le plus célèbre du romancier brésilien. « Je t’invite à le relire dans ce cas-là. On y découvre à chaque fois de nouvelles choses ». A titre personnel, je l’ai lu il y a très longtemps, et Amar a réussi à me donner envie de m’y plonger de nouveau « la leçon essentielle que j’ai retirée de ce bouquin, c’est qu’il y a deux façons d’apprendre: dans les livres et au contact des hommes. C’est la deuxième qui m’a le plus apporté ». A son tour, Omar fait passer son présent à Zina… « les croisades vues par les arabes ». Encore. Toujours. C’est dire si ce livre a influencé toute une génération. « Ce livre est vivant. C’est comme si on y était. On a envie de se jeter dans la bataille. On enrage en constatant la division entre les musulmans de l’époque. C’est tellement actuel cette division ». C’est au tour de Zina qui me donne un paquet soigneusement emballé. Je le déchire sans pitié, curieux de voir ce qu’il dissimule. Le 13ème tome du manga « Death Note ». Pour moi un des meilleurs mangas jamais écrits. Abdou le connaît très bien et ajoute son grain de sel. Ceux et celles qui ne le connaissent pas s’emparent du bouquin avec curiosité. Karima demande « ça se lit dans quel sens? » Ce tome est particulier, il contient de précieuses révélations de l’auteur. Je la remercie… avant qu’un des responsables du restaurant ne vienne gentiment m’informer que la table est réservée pour 20h30.

20h30. Le temps est passé si vite. Nous avons passé un moment magique au milieu des livres et il est maintenant temps de se quitter. C’est dur. Mais rendez-vous est pris. On remettra ça. Inchallah.

.

posted by Samir at 20:16  

Vendredi, mai 4, 2012

DU « GENIE »

.

.

Premier podcast sur Cave Arabum. En deux parties. Espérons que ça te plaise.

.

posted by Samir at 10:45  

Jeudi, mai 3, 2012

BIJOUX CASSES

.

.

Ibn Al Labbana.

« Le fils de la crémière ».

Poète des temps bénis de l’Espagne Musulmane, pleurée et abandonnée dans un soupir.

Ibn Al Labbana était un poète de cour. Lui, et d’autres, les écumaient à la recherche d’un protecteur. Il trouva le sien en la personne d’Al Mu’tamid Ibn ‘Abbad, souverain de Séville, ami des belles lettres et poète à ses heures. « Le fils de la crémière » était très apprécié pour sa façon d’aborder le thème amoureux (exercice obligé à la cour sévillane) et sa rhétorique élaborée. Son surnom indique des origines modestes.

L’ascenseur social de l’époque, c’était les mots.

Un palanquin. Une jeune fille en son lit visitée.
Au plus noir de la nuit, mon refuge quitté
Et j’arrive… plein d’amour. Je la sers sur mon coeur,
Si fort, que ses bijoux se cassent, j’en ai peur.
Elle s’étonne en me voyant pâle et défait.
« C’est de t’aimer », lui dis-je. Et elle: « Je le sais »

.

posted by Samir at 09:56  
Page suivante »

© copyright Cave Arabum 2011, tous droits réservés