Chères lectrices, vous êtes invitées à définir, dans la zone de commentaires, ce qu’est, pour vous, un bel homme. J’ai une théorie sur ce sujet, ô combien philosophique, et je la détaillerai ici. Mais j’aimerai d’abord lire vos avis. Merci.
Je suis allongé dans mon lit et elle me manque. Comme manque le goût de la saccharine à mon voisin diabétique.
Alors, comme un toxico qui replonge je vais voir mon revendeur du coin. Steve J. qu’il s’appelle. Il m’ouvre une pharmacie au logo bleu lustré comme une pilule de Viagra. iTune qu’elle s’appelle. Et là, je jubile: l’opium d’un Lunatic y côtoie le LSD des Sages Po. Drogues dures et drogues douces. Qu’importe la substance pourvu qu’on ait l’oubli.
Mes goûts n’ont pas changé. Je viens toujours pour la même chose.
Ma came, ma vitamine. Ma drogue, ma dope, ma coke, mon crack, mon amphétamine
Caroline.
J’appuie sur play comme d’autres appuient sur le piston de leurs seringues. L’instru me fait saigner comme si c’était la première fois. Comme une lame chauffée à blanc il écarte mes chairs. Et je regarde mon sang se répandre sur le sol dans une flaque épaisse. Et je souris. Jusqu’à ce que la tête me tourne.
C’est ce que me fait la prod’ de Jimmy Jay. Sans figure de style pompeuse, ce son m’a marqué physiquement. Les paroles de Solaar sont indélébiles. Caroline est un « cornet de vanille » avec qui « l’on fume sur le même mégot ». Apogée d’une plume qui a sombré par la suite dans de la mauvaise variet’ façon Rap à l’eau de La Fouine.
Quand la moutarde te monte au nez. Quand ton sang ne fait qu’un tour. Trompée par cette chienne prise les doigts dans le pot de confiture. Et la langue autre part. Poignardé par l’ami fidèle au moment où son aide aurait été la plus précieuse. Destin à la Mufasa, abandonné par Scar, son propre frère, à la folie d’un troupeau de gnous…
Te voilà pris d’envies de meurtre. De pulsions de mort. Et ça mouline dur dans ton crâne… à en perdre le sommeil. Ce n’est plus les moutons que tu comptes pour t’endormir, mais les clous rouillés. Dans tes rêves les plus exquis, c’est à mains nues que tu les introduits dans sa peau. Et ça rentre comme dans du beurre. Et tu ris, comme riaient ces inquisiteurs espagnols torturant des marranes à la foi douteuse. Ta décision est prise. Demain, tu te vengeras.
Et moi je te dis: « patience ».
La justice demande du temps. La vengeance relève du plaisir que l’on diffère. Plus c’est long, plus c’est bon. Quand elle t’obsède, tu permets à celui qui t’a fait du mal de t’en faire encore. Et ça te bouffe. Mais la revanche est trop belle pour qu’on la cède à l’émotion du moment.
C’est une affaire d’intelligence.
Il m’est arrivé d’attendre une éternité avant de détruire certains de mes ennemis. Cette éternité, je l’ai passée dans la tranquillité. Jamais dans l’inquiétude. Parce que je ne permets à personne de troubler mon lac intérieur. Une vie passée dans la haine n’affecte jamais celui dont elle l’objet. Elle ne fait que priver la tienne de son sel.
. Marre de voir tous ces hectares
Qu’appartiennent à tous ces théoriciens
Plus qu’aux hommes de terrains.
Près d’un pote qui roule un joint
C’est pas l’école qui me dérange,
Nan, c’est l’Histoire des Carolingiens.
Et on nous demande d’observer un calme Olympien
Pour étudier des textes de mecs sous absinthe.
Les vrais artistes le font à jeun
La note est sur vingt
J’tente d’avoir au moins vingt et un points.
Souvent près de celui qui traverse un
Passage à vide rempli d’une bave acide
J’ai découvert Khayyam grâce au Samarcande de Maalouf. J’étais fasciné par ce polymathe à la fois poète, philosophe, mathématicien, géomètre et astronome. Qu’un homme puisse écrire:
Le rose de ta joue offusque l’églantine.
Ton visage est celui d’une idole de Chine.
Sais-tu que tu as fait du Roi, belle sirène,
Un fou de jeu d’échecs tremblant devant la Reine?
et être à l’origine des équations mathématiques en dénommant l’inconnu Chay (« chose » en Arabe) qui sera retranscris en Xay par des savants espagnols du Moyen-âge, avant qu’on ne conserve du mot que sa première lettre « X », relève du miracle intellectuel.
Tout ne me plaît pas chez Khayyam. La grande majorité de ses quatrains, quand ils n’empestent pas le vin, sont d’une surprenante médiocrité au regard du succès planétaires qu’ils ont rencontré. Mais si je devais en choisir un seul, ce serait celui-ci:
Sombrant dans le sommeil, j’entendis chuchoter:
« Au frère de la mort, Khayyam, tu t’abandonnes?
La rose du bonheur n’y fleurit pour personne.
Bois plutôt. Pour dormir, tu as l’éternité »
Dans « Mon Coeur mis à Nu », Baudelaire se demande:
« Pourquoi le spectacle de la mer est-il si infiniment et si éternellement agréable? »
Peut-être parce que ses eaux turquoises sont ce qui s’approche le plus de l’idée d’infini. Il y aura toujours une part d’inexplicable dans l’homme. Comment soixante bornes de flotte mouvante s’étirant d’un horizon à un autre suffisent à remplir l’infiniment petit de nos cervelles de cette intuition d’infiniment grand?
« Nous leur montrerons Nos signes dans les horizons et en eux-mêmes jusqu’à ce qu’il leur devienne manifeste que ceci est la vérité »
Coran 41/53
Se perdre dans le bleu d’une toile… et oublier Ses pinceaux.
« Ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Dieu. Ils se sont oubliés eux-mêmes »
Coran 59/19
Et je prie Dieu pour qu’Il m’en donne autant que le bassin de ma future épouse sera en capacité d’en produire. Mon obsession pour les chutes de rein de ces demoiselles est, de ce fait, aussi pratique qu’elle est esthétique. Bien entendu, le citoyen épris des Droits de l’Homme que je suis, veillera à traiter sa prisonnière aimer et chérir son épouse dans le strict cadre des Conventions de Genève pour le meilleur et pour le pire.
Les gosses.
C’est bien ce qui m’amène aujourd’hui. Certains de mes amis en ont. D’autres sont sur le point d’en avoir. Parmi ceux-ci il y en a qui ne touchent plus terre. L’idée de devenir papa les a responsabilisés. Comme si toute leur existence d’adulte n’avait été qu’un prolongement de l’enfance. Comme si c’était la naissance de ce bébé qui allait finir par les rendre moukalaf, terme de jurisprudence islamique qui marque le passage du statut d’enfant non responsable de ses actes à celui de jeune adulte qui devra en répondre. Devenir papa, c’est changer de peau comme ces reptiles magnifiques qui abandonnent des écailles devenues trop petites pour leur corps long et musculeux. Les autres (mais ceux-là ne sont pas de mes amis) ont décidé de répudier leur progéniture avant même qu’elle ne naisse. Dans l’antiquité, certaines peuplades barbares abandonnaient les nourrissons non désirés sur des rochers nus et levaient le camp sans même jeter un regard en arrière. Les arabes des temps de la Jahiliya enterraient leurs filles vivantes*. Un père qui ne porte pas ses couilles n’est pas différent.
Ca y est, je me remets à divaguer. J’étais venu te parler des gosses. Et de la tristesse d’en être un aujourd’hui.
Je cherche dans mon ancien quartier ces lieux pleins de mystères où l’on organisait des parties de cache-cache. Je fouille ces friches urbaines où poussaient, comme des fleurs au milieu des ordures, usines désaffectées, terrains vagues, et entrepôts en ruine. Je parcours ces venelles hantées où nous découvrions de sinistres trésors: des canifs rouillés, la moitié d’un magazine porno, une barbie démembrée, des allumettes mouillées. Notre quartier avait sa putain de forêt enchantée. Et son putain de druide aussi: « Jojo la belle dent ». Un clochard céleste, aussi élégant qu’il était taré. Cette balade, qu’on vient de faire toi et moi, n’est plus possible que dans mes souvenirs. Ce beau panorama a été détruit et remplacé par une résidence qui ressemble à une saloperie de clinique privée. Nos ruelles obscures sont devenues de gentillettes promenades bordées de chaudes floraisons. De lugubres pâquerettes sur lesquelles j’irai uriner une fois la nuit tombée. Et quand je vois les gosses qui jouent dans ces « jardins d’enfants » flambant neufs, j’ai de la peine. Ca ressemble même plus à des minots. A les regarder gambader tristement dans leur espace aseptisé, on dirait des poupées en carton pâte, élevées par des mamans dépressives complètement accrocs aux « Maternelles ». Les gamins ne mangent plus de sucreries. Ils sont astreints aux mêmes régimes culpabilisants que leurs mamans. « Je lui mets des fruits dans ses céréales le matin, c’est comme ça que je lui fais découvrir le goût du sucré. Et c’est 100% naturel ».
Pétasse, va. Après s’être faite échographiée la panse jusqu’à la lie, elle a donné naissance à un jouet qu’elle a affublé d’un prénom à la mode: « Rahyan… je te jure que c’est arabe… et puis ça passe mieux de nos jours ».
Pauvre Rahyan. Petite créature privée d’endroits où rôder. Petit être à l’imagination et à la liberté déjà bridées. Te voilà condamné à mener une existence stérile et sans vie au milieu du mobilier design et des terrains de jeu synthétiques où une nouvelle texture de goudron « mou » n’écorchera jamais tes petits genoux.