STEVE مع السلامة
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Il était accroupi, nu, les yeux dans le vague, ses bras décharnés accrochés à une cuvette de porcelaine comme s’il s’était agi d’une boué. Son corps frêle, pris de haut-le-cœur, tremblait comme celui d’un petit moineau blessé. Un liquide amer, mélange de sang coagulé et de suc digestif, remonta son œsophage avant d’exploser dans sa bouche. La douleur était atroce : chaque déglutition lui donnait l’impression d’avaler une lame de rasoir. Il haletait. Il hoquetait, cherchant désespéremment son souffle.
Il était en train de crever. Il le sentait.
Il se leva, nettoyant la bave morbide qui lui maculait les lèvres et le menton. Son miroir lui renvoyait l’image d’un homme qu’il ne reconnaissait plus. La carcasse osseuse d’un Somalien mal nourri. La mélanine en moins. Il se souvint d’une conversation qu’il avait eu avec un prêtre. L’ecclesiaste voulait panser ses blessures. Au lieu de quoi, ce fils de pute en soutane les avait frottées de gros sel. « Vous avez eu une belle vie. Vous avez changé le monde. Bientôt vous en rejoindrez un autre, encore plus beau ». « Quel ramassis de conneries », s’était-il dit intérieurement. Il ne voulait pas d’un autre monde « plein de fleuves de lait et de miel ». Il crachait sur la religion. Sur leurs religions. Lui, avait crée la sienne. Il en était le prophète incontesté. Un culte qui avait pour symbole le fruit défendu. Une pomme entamée. Comme pour dire au monde qu’il le baisait là où il respirait. Lui, et ses conventions. Il avait croqué cette pomme en même temps que ses concurrents. N’avait-il pas renversé la table d’industries réputées impénétrables ? Téléphones, Smartphones, ordinateurs portables et de bureau, musique, films d’animation, tablettes sans parler de la TV sur laquelle il avait jeté un regard plein de lubricité.
« Stay hungry. Stay foolish »
Partout il avait distribué le « pain » de sa vision. « Prenez, ceci est mon corps ».
Et ils prirent.
Il fit bouillir de l’eau avant d’y ajouter la concoction préscrite par un vieil herboriste de Chinatown. Un truc à base de bambou, d’écorce de saule pleureur et de coquilles d’œuf d’hirondelle. Une mixture immonde. C’était, là encore, une façon de dire au monde d’aller se faire foutre. Il ne mangeait pas comme les autres, ne se garait pas comme les autres, et avait décidé de ne pas se soigner comme les autres. Il s’habilla avant de s’aventurer sur sa terrasse. La lumière du jour lui fit du bien. Il n’avait plus peur et sa douleur s’était estompée. Il se rememorra sa vie. Ceux qui l’avaient traversée. Paul. Clara. Mona. Wozniak. Gates. Lasseter. Ive. Cook. Chris-Ann. iPod. iMac. iPhone. iPad. iTune.
Lisa.
Sa mélancolie était abyssale. Comme si toute sa vie n’avait été qu’un songe dénué de sens. Une expectoration ultime accompagna une dernière pensée: rien de ce qu’il avait fait n’avait d’importance. Il sentit une main glaciale, un morceau de l’Arctique, se poser sur son épaule.
Steve Jobs était mort.
L’orgueil est toujours parmi nous.

Il était conscient que la mort approchait à grand pas, il avait déclaré lors d’un meeting dans une université qu’il apprécierait chaque jour que dieu lui donnerait de vivre….
Commentaire by JR.not.yet.M — 06/10/2011 @ 17:55
« Your time is limited, so don’t waste it living someone else’s life. Don’t be trapped by dogma – which is living with the results of other people’s thinking. Don’t let the noise of other’s opinions drown out your own inner voice. And most important, have the courage to follow your heart and intuition. They somehow already know what you truly want to become. Everything else is secondary »
Il a crée sa propre religion pour justement donner le sens qu’il souhaitait à sa vie.
« Going to bed at night saying we’ve done something wonderful… that’s what matters to me.”
Je suis persuadé qu’il n’a jamais pensé avoir gâché sa vie.
Commentaire by Wideout — 06/10/2011 @ 21:50
Le premier billet par lequel je suis déçu. Non pas par la forme, toujours aussi bonne mais vraiment par le fond qui me semble pour le coup en parfaite contradiction avec tout ce j’ai pu lire ici. Glorifier l’argent et la réussite d’un côté pour ensuite aujourd’hui, lui donner un aspect infernal. Quand à la référence à la photo de la Mercedes, où va-t-on ! C’est ok pour en avoir une, mais attention, utiliser les places réservées aux handicapés (qui sont généralement les plus proches des entrées des bâtiments et nécessitant un moindre d’effort pour les atteindre) lorsqu’on est en phase terminale effectivement c’est friser l’indécence. La main d’Iblis est décidement bien fourbe.
Commentaire by Warren — 06/10/2011 @ 22:21
@ Warren: Est-ce que tu peux me citer le passage où je fais de l’argent « une chose infernale »?
D’autre part, il est de notoriété publique que la tendance de Steve Jobs à se garer sur les places réservées aux handicapés remonte à bien avant sa maladie.
Commentaire by Samir — 07/10/2011 @ 07:30
Samir et Warren
Glorifier l’argent? pour moi ce blog ne glorifie justement pas l’argent et c’est bien là l’intérêt des lectures à la sauce Samir.
C’est un moyen pas un but, n’est ce pas?
Sinon à mon sens c’est Iblis qui nous a tous mis KO.
La plus grande perte de temps pour l’homme est justement la recherche de la richesse POUR la richesse.
Commentaire by fanette — 07/10/2011 @ 08:43
@samir: lorsque je parle de chose infernale je fais référence à toute la comparaison à mon sens un peu dérangeante, qui est faite entre la personnalité de Jobs et celle d’Ibliss :
« « Lorsque nous avons dit aux anges الْمَلَائِكَةِ (al-mala’ikati) : ‘Prosternez-vous devant Adam !’ Ils se prosternèrent, à l’exception d’Iblis qui refusa et qui s’enorgueillit : il était au nombre des incrédules1. » En effet Iblis voyant que l’homme était fait d’argile et de glaise et que lui était fait de feu refusa de s’agenouiller devant la création d’Allah. Dieu lui ordonna donc de sortir du paradis. Iblis lui demande alors de lui accorder un délai jusqu’au Jugement Dernier pour qu’il puisse tenter les descendants d’Adam, afin de montrer à Dieu qu’ils étaient faibles. Dieu lui accorde cette requête, et promet l’enfer à ceux qui écouteront ses conseils en se détournant de la parole de Dieu mais lui dit aussi que ses vrais serviteurs ne le suivraient pas dans la voie du mal et de la dépravation. »
Nous avons donc d’un côté un homme qui a réussi à concrétiser ses rêves, grâce à son/ses seul(s) talent(s) l’amenant par là même à s’enrichir autant intellectuellement que financièrement en étant toujours acteur de sa propre existence (ce qui donc peu être considéré comme étant une sorte de modèle ici) et de l’autre celui qui personnifie d’une certaine façon le Mal.
C’est cette ambivalence qui me trouble. Quel est le message que tu souhaites faire passer ? Certes on peut voir des points de comparaisons dans les personnalités, mais vouloir contrôler son destin et en tirer le meilleur ferait de nous un être diabolique ?
Quand à la Mercedes : autant pour moi, je ne connaissais pas cet aspect là.
@fanette : dans un sens Samir exhorte à aller de l’avant, à d’abord compter sur nous même et notre cerveau, notre meilleur outil pour mener une vie épanouie. J’aurais dû donc plutôt dire « glorifier la richesse » (intelectuelle, financière, morale… pick one).
My 2 cents…
Commentaire by nicosua — 07/10/2011 @ 13:46
@ Warren/Nicosua: J’ai beaucoup d’admiration pour Jobs et pour ce qu’il a réalisé. Pour son histoire aussi: se faire virer d’Apple avant d’y revenir par la grande porte. Un style de management façon despote éclairé qui correspond assez bien à ma vision des choses.
Mon seul problème, c’est que je ne souscris pas au culte de la personnalité. Quand je lis sur un post-it laissé à côté d’un Apple Store « Dieu est mort ». Ca me dérange. Et connaissant l’égo de Steve Jobs, je ne pense pas qu’il aurait contredit cet(te) anonyme.
J’ai voulu dépeindre le côté crade de la mort de Jobs pour détonner avec le torrent d’hommages qui lui sont faits actuellement. Jobs n’est pas Dieu. Il n’est pas un prophète. Il est mort du même cancer dont meurent des millions d’autres individus. Se souvenir de ça, c’est ramener les choses à leur juste mesure.
Commentaire by Samir — 07/10/2011 @ 14:17
Sans doute le meilleur article que j’ai lu depuis la mort de Jobs. Merci.
Commentaire by ShiLL — 07/10/2011 @ 15:27
wow tres rapide Samir, quelques heures apres sa mort et voila que tu posts! T’avais preparé un article en attendant qu’il meurt ou quoi xD
Sinon, agreed a 1000% pour le culte de la personnalité ou meme du sois disant genie …
J’aimerais aussi ajouter au dernier commentaire de Samir que Jobs est le bon businessman, surement assez passionné et devoué pour changer des vies a travers son job mais tout ce qu’il a fait, il l’a fait pour lui, les gens dont il a changé la vie sont ceux capable de se payer un gadget a 600 euros … alors le venerer ou juste lui rendre un hommage comparable a celui rendu a l’abbé Pierre ou mere Theresa ca me derange enormement.
J’attends de voir l’hommage qu’on rendra a un bon gars, genre muhammed yunus…
Commentaire by Azz — 07/10/2011 @ 21:53
bel hommage à Ibn AbdelFattah Jandali
Commentaire by deal — 09/10/2011 @ 07:58