Samedi, octobre 8, 2011

STRATEGIE (1/3)

.

.
La rupture avait été orageuse.

Un vrai bordel. Elle avait hurlé comme une psycho pendant des heures avant de verser toutes les larmes de son corps. Une putain de mousson. Elle en avait le t-shirt tout trempé et je n’avais pu m’empêcher de remarquer comme ça mettait en valeur ses lourds attributs. J’étais le beauf campeur qui bavait devant miss t-shirt mouillé. J’avoue l’avoir faite souffrir au delà du concevable. Un truc dégueulasse façon supplice de shibari.

Suffocation sublime.

Les trucs « sado » c’est pas ma came. Mais voir une femelle souffrir réjouit cette partie de moi-même qui ne connaît que le mal. Je ne me l’explique pas. Je constate avec ceux qui constatent.

Honteux? Je t’emmerde.

Mais j’avoue qu’après 3 semaines, j’en menais pas large. Ma brune opiacée me manquait. Saloperie d’addiction. Elle refusait de me voir. Malgré les fleurs et la boîte de macarons Ladurée. Malgré le sit-in devant sa porte façon « Occupy Wall Street ».

Puis vint la lumière : le discours de Mahmoud Abbas à l’ONU.

.

posted by Samir at 00:01  

Jeudi, octobre 6, 2011

STEVE مع السلامة

.

.

Il était accroupi, nu, les yeux dans le vague, ses bras décharnés accrochés à une cuvette de porcelaine comme s’il s’était agi d’une boué. Son corps frêle, pris de haut-le-cœur, tremblait comme celui d’un petit moineau blessé. Un liquide amer, mélange de sang coagulé et de suc digestif, remonta son œsophage avant d’exploser dans sa bouche. La douleur était atroce : chaque déglutition lui donnait l’impression d’avaler une lame de rasoir. Il haletait. Il hoquetait, cherchant désespéremment son souffle.

Il était en train de crever. Il le sentait.

Il se leva, nettoyant la bave morbide qui lui maculait les lèvres et le menton. Son miroir lui renvoyait l’image d’un homme qu’il ne reconnaissait plus. La carcasse osseuse d’un Somalien mal nourri. La mélanine en moins. Il se souvint d’une conversation qu’il avait eu avec un prêtre. L’ecclesiaste voulait panser ses blessures. Au lieu de quoi, ce fils de pute en soutane les avait frottées de gros sel. « Vous avez eu une belle vie. Vous avez changé le monde. Bientôt vous en rejoindrez un autre, encore plus beau ». « Quel ramassis de conneries », s’était-il dit intérieurement. Il ne voulait pas d’un autre monde « plein de fleuves de lait et de miel ». Il crachait sur la religion. Sur leurs religions. Lui, avait crée la sienne. Il en était le prophète incontesté. Un culte qui avait pour symbole le fruit défendu. Une pomme entamée. Comme pour dire au monde qu’il le baisait là où il respirait. Lui, et ses conventions. Il avait croqué cette pomme en même temps que ses concurrents. N’avait-il pas renversé la table d’industries réputées impénétrables ? Téléphones, Smartphones, ordinateurs portables et de bureau, musique, films d’animation, tablettes sans parler de la TV sur laquelle il avait jeté un regard plein de lubricité.

« Stay hungry. Stay foolish »

Partout il avait distribué le « pain » de sa vision. « Prenez, ceci est mon corps ».

Et ils prirent.

Il fit bouillir de l’eau avant d’y ajouter la concoction préscrite par un vieil herboriste de Chinatown. Un truc à base de bambou, d’écorce de saule pleureur et de coquilles d’œuf d’hirondelle. Une mixture immonde. C’était, là encore, une façon de dire au monde d’aller se faire foutre. Il ne mangeait pas comme les autres, ne se garait pas comme les autres, et avait décidé de ne pas se soigner comme les autres. Il s’habilla avant de s’aventurer sur sa terrasse. La lumière du jour lui fit du bien. Il n’avait plus peur et sa douleur s’était estompée. Il se rememorra sa vie. Ceux qui l’avaient traversée. Paul. Clara. Mona. Wozniak. Gates. Lasseter. Ive. Cook. Chris-Ann. iPod. iMac. iPhone. iPad. iTune.

Lisa.

Sa mélancolie était abyssale. Comme si toute sa vie n’avait été qu’un songe dénué de sens. Une expectoration ultime accompagna une dernière pensée: rien de ce qu’il avait fait n’avait d’importance. Il sentit une main glaciale, un morceau de l’Arctique, se poser sur son épaule.

Steve Jobs était mort.

L’orgueil est toujours parmi nous.

posted by Samir at 10:53  

© copyright Cave Arabum 2011, tous droits réservés