504 DIPLOMES
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Mon père est un passionné d’automobile. Quand j’étais petit, il nous réquisitionnait, mon frère et moi pour l’aider à parachever ce qu’il considérait être l’œuvre de sa vie : retaper la carcasse d’un 504 coupé V6, acheté quelques milliers de francs au plus grand dam de ma mère…
… et du nôtre.
Maman se voyait privée de son époux qui lui préférait une rivale de fonte et d’acier et nous nous voyions privés des matchs de foot du quartier après avoir été chauffés à blanc par un épisode d’Olive et Tom.
Mon père avait beau nous décrire la généalogie de son tacot, il avait beau nous expliquer que ses lignes avaient été dessinées par Pininfarina, le carrossier de Ferrari… rien n’y faisait. Mon frère et moi avions la mine maussade d’un Kunta Kinté arraché à sa terre natale.
La 504, c’était le bagne.
J’ai abimé mes petites mains à poncer le galbe métallique de ses ailes. Mon dos s’est vouté sous le poids de pièces détachées que je passais à mon père comme un scalpel à un chirurgien. J’étais l’infirmier sadique qui priait chaque jour pour que crève sa putain de patiente. En vain. Papa n’était pas le Dr Bonnemaison. Le peu d’entrain que nous montrions à la tâche l’avait d’abord blessé. A l’écouter, nous aurions du être fiers de participer à cette aventure. Et puis, voyant nos regards qui s’obstinaient dans l’incompréhension, il avait décidé de faire de ces week-ends une véritable leçon de vie : « Vous souffrez ? Al hamdoulillah. Maintenant, vous savez ce que c’est que le travail. Si vous ne bossez pas bien à l’école, c’est toute votre vie que vous allez porter des taules. C’est les diplômes qui vous protègeront de cette vie de misère.»
Les chiffres semblent lui donner raison.
Un américain diplômé de l’université encaissera, en moyenne, 3.6 millions de dollars durant toute sa carrière. Son compatriote, s’il s’est arrêté à l’équivalent de notre bac, ne peut espérer guère plus d’1.3 millions de dollars. Une autre étude, si elle donne des chiffres différents, conforte cette tendance largement favorable au plus diplômé des deux, puisque l’écart de salaire constaté s’élève à 75%.
Trois choses viennent, aujourd’hui, remettre cette réalité en perspective :
1. Le terrain. C’est la réalité de milliers de jeunes diplômés qui se prostituent stage, après stage, après stage en dépit du fameux sésame délivrés par leurs écoles… même quand elles sont prestigieuses. On connaissait la mendicité des rues où, en échange d’un pare-brise lavé à l’eau savonneuse, de petits tziganes dégourdis t’escroquent de quelques piécettes. On apprend à connaître celle des bureaux où certaines sont prêtes à échanger leur cul contre six mois de plus à remettre de l’eau dans la machine Nespresso. Les jeunes diplômés sont devenus les serfs de nouveaux monarques absolus.
2. La dévaluation brutale de la monnaie « diplôme ». Hier, aussi sûr et solide que le franc suisse, il présente aujourd’hui à peine plus de garanties que le peso argentin. La faute à cette satanée planche à billet qui n’a cessé de tourner entre 1990 et 2007, puisque elle a imprimé 22% de diplômes supplémentaires en Amérique du Nord, 74% en Europe, 144% en Amérique Latine et 203% en Asie (cf. The Chronicle of Higher Education). Cette tendance inflationniste ne doit pas masquer une autre réalité beaucoup plus menaçante à long terme: sur 150 millions d’étudiants universitaires en 2007, 70 étaient asiatiques. Les pays émergents se donnent les moyens de leur potentiel de croissance et forment leurs populations à une vitesse vertigineuse. Phénomène à mettre en perspective avec la raréfaction des contrats d’expatriation : qui a besoin d’un français payé comme un Ministre du pays d’accueil quand on peut engager un contrat local, aussi performant, bien plus motivé et pour vingt fois moins cher ?
3. Une redéfinition de la valeur ajoutée au travail combinée aux nouvelles technologies. Toute profession qui peut être saucissonnée en une succession de tâches dématérialisables, est une victime potentielle d’un microprocesseur où d’un diplômé low-cost. Tout un pan de la classe moyenne a commencé à souffrir de ce bouleversement : des ingénieurs informatiques aux comptables, en passant par les cadres commerciaux. Les mauriciens codent mieux que les premiers pour moins cher et avec le sourire. Les indiens à $2 de l’heure sont au fait des dernières normes IFRS. Et ils bossent pendant la fête du travail. Des vendeuses à l’accent tunisien peuvent vendre la même chaudière que ton petit cadre commercial bedonnant. La voiture de fonction et les arrêts maladie en moins. Tout ce qui peut être automatisé le sera. Tout ce qui est offshorable également. Un diplôme, quel qu’il soit, n’y pourra rien.
Ironiquement, les métiers les plus protégés de cette redistribution des cartes sont les moins glamour. Ils sont ceux dits à « moindre valeur ajoutée ». Un coiffeur, par exemple, ne sera jamais remplacé par un logiciel. Ni par une quelconque machine. Une coiffure ne sera jamais exportable vers un pays à bas coûts. Une fuite d’eau dans ton appartement nécessitera toujours un plombier.
Papa a toujours raison (même quand il a tort).
Pour encore combien de temps ?
Comment valoriser cet actif corporel que tu es si tu n’es plus en mesure de le faire sur les bancs d’une fac ou depus une salle de marché du
Campus HEC à Jouy-en-Josas ?
Commentaire by Belsunce — 15/09/2011 @ 22:45
Salam,
J’ai bien rit quand tu as dit on etait chauffés a blancs par oliv et tom! Mdr c trop vrai! Moi je suis une fille mais comme j’ai un grand frere et que j’etait un peu un garçon manquer, bah j’échappais pas au système! On s’imaginait les tirs de fou qu’ on pouvait faire nous aussi !! Des qu’on sortaient jouer c’etait pour toute l’apres midi, on donnait tout!! Ah ouai alors yavai aussi telefoot le dimanch matin!! Surttt que le weekend les cousins debarquaient, bah le foot c’etait souvent ldimanch apres midi, on essayai dfaire les tribles a la ronaldo !! Mdr Nan super que du bon souvenir!!!!
Commentaire by Safa — 16/09/2011 @ 04:57
(euh Safa, t’as retenu que ça de l’article?)
Commentaire by Ziib — 16/09/2011 @ 18:07
Les diplômes ne servent à rien. Ils t’aident juste à te forger un esprit plus ouvert, à t’ouvrir les yeux rien d’autre. Après il y a les autres choses qui permettent de te différencier (ou de créer ton personnage) : Lire, (essayer) d’entreprendre, assoc et réseaux qui te permettent de forger un esprit de bosseur ou de rencontrer des opportunités. T’as beau avoir un MBA, si t’as rien dans le cerveau et t’as la logique d’un beauf, tu resteras un crétin qui fera des tableaux dynamiques pour son boss toute sa vie. Et je ne pense pas que ceux qui pèsent en milliard viennent d’Harvard ou de LBS http://www.journaldunet.com/economie/magazine/milliardaire-self-made-man/
Conclusion : Samir t’as bien fait d’avoir réparé le V6 avec le daron. J’espère que tu la roulée au moins.
Commentaire by rachid — 16/09/2011 @ 20:50
Salam,
La roue tourne… Belle revanche à tous les « manuels » qu’on a traité de hmarrr à l’école (bien sur ils n’ont jamais cessé d’être mes bro ;-)) et qui aujourd’hui sont les gars les plus fûtés et les meilleurs business man que je connaisse.
Aujourd’hui ils rigolent bien quand ils voient tous ces Bac +6 en costard qui continue à les prendre de haut parce qu’ils ont un bleu de travail…
Ces cadres sup s’endettent sur 30 ans pour un 22m carré à Paris… eux possèdent des apparts, des restau, des sociétés qui proposent ce que plus personne ne sait faire ! Tout ça sans un euro de crédit et avec humilité. Respect.
A chaque fois que je les vois c’est une réunion au sein de la silicon vallée du 93…C’est juste un régal ;-)
A méditer.
Commentaire by Amar — 16/09/2011 @ 21:03
Ziib: mdr oui parce que le reste c’ est bien connu, @rachid a bien expliquer le truc, d’ailleurs. Ducoup j’ai préférée m’attarder sur ce pti passage, qui lui a fait mouch! Mdr.
Commentaire by Safa — 17/09/2011 @ 12:50
A contre-pied des « Bac +6 en costard qui continue à les prendre de haut parce qu’ils ont un bleu de travail… », il y en a aussi beaucoup qui ont senti le vent tourner et ont anticipé depuis 4 ou 5 ans. J’ai autour de moi beaucoup d’exemples de diplômés qui au bout de 4 ou 5 ans en cabinet ou chez un industriel ont choisi de revenir vers certains « fondamentaux » de l’économie. Ou plus précisément du commerce. Qui n’est pas devenu fleuriste, qui n’a pas opté pour la restauration, s’est reconverti caviste ou repris un groupement de boucheries… Les expériences les plus probantes étant généralement celles présentant l’association réussie d’un excellent technicien-créatif avec un bon gestionnaire-marketeur.
Un exemple récent, et que j’affectionne parce que la pâtisserie c’est yummee!, est celui de « Hugo & Victor ».
http://hugovictor.com/univers.php?id_univer=4
http://www.latribune.fr/blogs/blog-gourmet/gastronomie/20100225trib000479240/hugo-victor-reinventent-la-patisserie-de-luxe.html
Commentaire by Malak — 18/09/2011 @ 13:35
la problématique c’est qu’on oblige les individus à dissocier la notion de revenus de celle du travail dont la quantité nécessaire diminue à toute allure.
Le travail qui se trouve maintenant en Chine ou en Indonésie, (puisque le diplome sert a rien) n’est qu’une fraction de celui qui a disparu chez nous. Comme il l’as exactement été imaginé dans les années cinquante, le travail est en train de disparaître alors que les gens doivent continuer à avoir les moyens de vivres.
Il faut par conséquent que les revenus ne soient plus nécessairement liés au travail. On ne peut plus dire comme Keynes, « on va mettre tout le monde au plein emploi et ça va résoudre le problème ». Il n’y a plus assez de travail pour cela.
Finalement y reste quoi : cap plomberie + vendre du shit en bas des blocs c’est plus concret qu’un bac +6 ? Stringer Bell VS Eleve moyen ?
Parceque monter son réseaux depuis la case zonzon + go fast à la sortie et la jouer serrer sur une plage à Bali c’est rude le projet Samir …
Commentaire by mamadastjtrsraisoncarilestduboncotédup.38 — 21/09/2011 @ 00:13
@mamaàtjrraison : même stringer bell prenait des cours de macroéconomie http://www.youtube.com/watch?v=COf2bQEQ7Zw, même pour le shit il faut faire utiliser Porter.
Commentaire by rachid — 21/09/2011 @ 11:43
c’est quoi cette theorie du « travail est en train de disparaitre » Mamadast O_o ?
c’est le nouveau projet apocalyse lancé par les illuminati et les franc-Macon de l’internet ou bien?
Commentaire by Azz — 01/10/2011 @ 19:54
Salam alikom,
RIen a voir mais c’est mieu de publier sous ce poste.
Samir c’est le gars qui c’est fait choper a 325 km heure en bentley???
Commentaire by Milsat — 07/10/2011 @ 17:11