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Parmi tous les bénéfices du mois de Ramadan qu’ont inventoriés les savants, les médecins et autres penseurs, il en est un qui, quand on en mentionne la théorie, parait d’une évidence enfantine, mais qui reste, dans sa pratique, l’enfant pauvre du jeûneur. La date séchée qu’on délaisse au profit de sa sœur gonflée de miel et de beurre. C’est la méditation.
On pense mieux le ventre vide.
Après les premiers jours de privation qui épuisent, viennent les jours où la fatigue et la douleur se subliment en une sorte d’euphorie qui permet à l’esprit de passer la surmultipliée. Une sensation d’extralucidité qui ressemble au second souffle des sportifs. Un moment rare où ce qui fait mal fait du bien.
C’est dans un de ces moments qu’un s7ab et moi nous étions pris à discuter de la vie. De ce qui était important. Ca ressemblait à une énième tentative de refaire le Monde. Ca ne l’était pas. Chacun cherchait à faire bouger le curseur sur ce qui comptait vraiment.
L’essentiel.
Ce putain de monde était un cercle sans circonférence et nous essayions de nous recentrer, convaincus que dans le centre se trouvait le bonheur. Un peu comme le seau de pièces d’or se trouverait au bout de l’arc-en-ciel.
Après les poncifs d’usage du genre : « l’argent est important, mais ce n’est qu’un moyen. Pas une fin », « la famille et les amis avant tout » et autres dictons provençaux qui chantent, mon pote me lança :
Tu sais ce que j’aime par dessus tout Samir ? C’est les petits plaisirs de la vie. Les choses simples. En vrai, on a pas besoin de grand chose. On se perd dans les différentes ramifications du plaisir, persuadés qu’intensité rime avec sophistication. Y a pas plus tard qu’une semaine, je venais de finir le taffe. Je suis sorti du bureau, j’ai pris ma wago et je me suis rendu direct dans une boulangerie parisienne pas très loin. Elle fait des baguettes à s’en bouffer les doigts jusqu’à l’épaule. J’ai pris une baguette. Elle était chaude. Putain, ce qu’elle sentait bon. Elle embaumait tout l’habitacle de la Clio. Je roulais comme un fou pour arriver le plus tôt possible à la maiz. Je prenais les voies de bus. J’ai grillé un stop. J’ai failli faire deux accidents. Je voulais juste que ma baguette soit encore chaude une fois arrivé. Je gare la voiture. Je monte les escaliers quatre à quatre. J’ouvre la porte, ma femme m’accueille tout sourire et me dit que le dîner est prêt. Je lui demande d’attendre. Je me précipite vers le frigo. Je prends le beurre. J’en étale sur un morceau de pain. Miracle. Il est encore chaud. Le beurre y fond comme de la neige dorée. Je mords dedans. Putain, Samir, le bonheur c’est du pain et du beurre.
Il m’arrive parfois de penser que tout part en couille. L’idée que tout ce que j’aime, que tout ce que je connais est en train de dévisser. Le rap. Le foot. Le reste. Mais je me souviens ensuite de cette histoire de tartine beurrée et je me rends compte que tout ce qu’on possède dans la vie ce sont ces petits instants. Ces respirations. Un croc dans une papaye. Un souffle dans la nuque. Une bouffée de chicha pomme/menthe. Ne pas gaspiller. C’est ça qui compte.