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Ce texte n’a rien à voir avec les problèmes de traduction auxquels certains linguistes font face mais tout à voir avec le comportement détestable de ceux et celles qui, dans ton entourage, prétendent au titre honorifique d’amis.
L’amitié.
Vaste sujet qui, actualité oblige, mériterait à lui seul une épreuve de philo. Les amis se divisent en deux catégories:
- Les vrais : ils se comptent sur les doigts d’une main. Ils ont la rareté des coccinelles. Et puisque ce qui est rare est cher, chéris-les comme un lépreux le ferait de ces derniers doigts.
- Les usurpateurs: nombreux comme une nuée de frelons et sous-segmentés en plusieurs espèces. De la pute qui écarte les cuisses pour dormir dans ton lit, au psychotique traumatisé par une enfance durant laquelle il n’était rien, et qui vient gâcher le cuir de ton divan en y déversant une bile amère en même temps que ses frustrations. Le psychotique est également une « serrure »… se vautrer sur ton divan, c’est gratuit… faire la même chose sur celui d’un spécialiste heurterait son portefeuille. Ces usurpateurs sont des nuisibles. Une fois repérés, élimine-les.
Le problème, c’est que parmi ces félons se cache une race particulièrement venimeuse. La pétasse et le névrosé cités plus haut ne sont pas les plus dangereux. Ils ont même, dans leurs fragilités respectives, quelque chose d’attendrissant. On les garde près de soi comme on ferait l’aumône. Et puis, une fois lassé, on les jette avec la même compassion qui nous à d’abord empêché d’effacer leurs numéros. Au milieu de ces fleurs inoffensives s’épanouissent des ronces plus difficilement détectables.
Cette flore puante ne révèle sa vraie nature qu’à des moments précis : quand la stabilité de leur microcosme parfaitement ordonnancé se trouve menacée par le moindre petit changement, alors la ronce se transforme en une plante carnivore obsédée par la destruction de ce qui a perturbé l’équilibre de son écosystème.
En clair, et pour arrêter ici la métaphore botanique, au moment même où tu décides d’abandonner la médiocrité et de cheminer vers le mieux, ton « ami» deviendra anormalement agressif. Il se montrera sceptique. Il questionnera tes motivations. Il médira. Il essaiera de te décourager par tous les moyens. Il sabotera chacune de tes manœuvres. Il te discréditera en public et en privé.
« Tu as vu Karim comme il a changé ? Il se la raconte je vais à la bibliothèque maintenant ! Jamais il a eu un livre de sa vie, et maintenant il se la raconte Tariq Ramadan»
« Tu as vu Nawal cette pute ? Elle est partie en prépa avec les bourges. On s’était dit on va s’inscrire à la fac ensemble… mais elle, elle l’a joue perso cette pute… t’inquiètes, wallah je la retiens cette petite pute »
« Wallah je suis morrrrrrrrrrrrrrrrrrt de rire… Hakim il vient d’ouvrir un Grec à Auber’. C’est quoi cette idée de mes couilles ? Comme si on n’avait pas assez de Grecs dans le coin. Les gens ils savent plus quoi faire de leurs vies wallah. Le gars il a bac+5 et il ouvre un Grec. »
Quel est le point commun entre Karim, Nawal et Hakim ? Ils ont décidé de changer. Ce changement a été plus ou moins radical, mais il n’en demeure pas moins qu’il constitue un point d’inflexion majeur de leurs existences respectives. Ce qu’on attend d’un vrai ami dans ce moment délicat c’est un soutien. Même tiède. On n’attend pas de lui qu’il sabote méthodiquement cet effort de transformation personnelle. Changer est un acte périlleux en soi. Une véritable traversée du Styx qui suppose une motivation et un force psychologique très au dessus de la moyenne. Mais si certains s’amusent à lester de sacs de sable une barque qui tangue déjà, comment peut-on s’étonner du nombre de corps qui dorment au fond du fleuve glacé?
Quand tu essaies de comprendre les raisons d’un tel comportement, la plupart de ces « amis » t’expliqueront que « c’est pour ton bien »… que « tu vas droit à ta perte, et que c’est leur devoir d’amis de t’empêcher de te fourvoyer »
La réalité est beaucoup plus sombre qu’il n’y parait.
Ta personnalité, au-delà du déterminisme génétique, se forge année après année au contact de ta famille, de tes amis et autres collègues. Inconsciemment, ton être est façonné par l’action simultanée de ceux et celles qui t’entourent. Changer c’est prendre conscience à un moment donné de qui l’on est à un instant « t », puis de porter sur sa personne un regard critique (dans le sens philosophique du terme) et de se lancer dans la tâche prométhéenne de se redéfinir tout en refusant d’être ce qu’autrui veut que l’on soit.
« Le Monde est un théâtre » disait Shakespeare et on se réinvente d’abord en refusant d’accepter le rôle que la société nous attribue.
Mais voilà, il y a des gens à qui ça ne plaît pas. A commencer par ces « amis » qui aimaient « le Karim d’avant »… « la Nawal avec ses petites couettes ». Si tu changes, leur monde change. Si ta dynamique est modifiée, la leur s’emballe. Si tu renverses la table, c’est la médiocrité de leur routine que tu bouleverses. Pire, ta tentative d’aller vers le mieux met en évidence leur immobilisme.
Quand au chantage affectif du « mais c’est parce que je tiens à toi que je te dis ça », il n’est qu’une tentative désespérée de te retenir dans la « moyenne ». Ce que cet ami « aime », c’est ce que tu étais. Il déteste déjà ce que tu veux veux devenir.