Mercredi 25 mai 2011

LA PRESENCE DE L’ABSENCE

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Kamel était consumé par l’ambition.

Son pédigrée académique impeccable lui a ouvert les portes d’une banque d’affaires de première catégorie. Le Manchester United de la Finance globalisée. Le genre d’établissement qui pousse l’arrogance jusqu’à affirmer « accomplir l’oeuvre de Dieu ». Les premiers jours au bureau furent compliqués… les heures étaient interminable et la pression, suffocante. Kamel était en concurrence directe avec une horde de fantassins aux CVs plus étincelants les uns que les autres. Chacun tentait d’attirer l’attention d’un boss qui s’il avait été pède, se serait vautré dans le confort d’un harem peuplé d’éphèbes n’ayant d’yeux que pour lui.

Mais il n’était pas pède. Le tenant de la Sublime Porte n’était sensible qu’au travail parfaitement exécuté et dans le temps imparti. Qui obéissait à ces lois cardinales, se voyait invité à déjeuner régulièrement. Il devenait le favori du Sultan. Le chef des eunuques. Des avantages certains étaient associés à un tel statut.

Au prix d’un travail acharné et d’une révolution de palais, Kamel remplaça l’ancien favori qui, pour d’obscures raisons, tomba en disgrâce.

Trop heureux de cette nouvelle situation, le jeune homme se lança dans une cour assidue. Il aimait prendre l’initiative et chaque jour, c’est lui qui invitait le Sultan à déjeuner. Il aimait partager les bonnes feuilles du FT et de l’Economist avec ses jeunes collègues, et ne manquait jamais de mettre son boss en copie. Il passait devant son bureau pour un oui ou pour un non. A la fin, c’était souvent pour un « non ».

Puis vint une nouvelle révolution de palais, et Kamel tomba en défaveur à son tour. Il fut relégué à son ancien bureau et il lu sur les visages de ses collègues cette perverse satisfaction: celle qu’on éprouve à voir les puissants chuter de leurs trônes, et traîner dans la même boue qui tache nos chaussures.

La loi de l’offre et de la demande réduit mécaniquement le prix d’un bien dont la quantité augmente sans que le besoin de ce même bien n’évolue. A trop parler, trop se montrer, trop en faire on finit par se discréditer. On banalise sa présence jusqu’à ce qu’autrui souhaite ton absence. On devient la plante d’appartement qu’on finit par oublier d’arroser et qu’on laisse dépérir parce que la bouteille d’eau est trop loin. Les plus imbéciles, pris dans les sables mouvants du « pareil au même », s’agitent à redevenir désirable… oubliant que la vitesse d’engloutissement dans un « quick sand » est directement proportionnelle au nombre de gesticulations. Sarko est tombé dans ce même piège. L’actuel président avait séduit la France, qui s’était offerte à lui telle une maîtresse transie. Sarko n’a, d’ailleurs, jamais fait mystère de son style de séduction très cavalier: « la France ne se donne qu’à celui qui la veut vraiment » avait-il dit dans un documentaire consacré à Chirac. Juste après son élection, les sondages crevaient le plafond. Puis vint l’hyper président. A chaque JT, les français se voyaient forcés de prendre leur repas en compagnie de Sarko et Carla. C’était l’ère du « casse toi pov’ con ». L’ère du « bah vas-y descends… descends et viens me le dire en face »… un vocable qui ressemble à celui de ceux qu’il voulait nettoyer au kärcher du temps où il résidait place Beauveau… ce qui fera dire au scénariste d’un prophète, que la France avait voté pour Tony Montana.

Maintenant que Sarko est plus bas que terre, que lui conseillent ses éminences grises du marketing politique?

« Ferme ta mouille. Re-présidentialise toi. Fais-toi désirer. Les gens en ont marre de ta tête de chien. » Et celui qui pensait avoir raison contre tout le monde a fini par s’executer… le temps dira s’il n’est pas déjà trop tard. Les derniers sondages indiquent que le scandale DSK ne lui a aucunement profité… au contraire d’Hollande et Aubry.

Mais celui qui prend la France pour sa pute semble avoir méditer ces paroles d’une courtisane du 17ème siècle: « L’amour ne meurt jamais de faim… seulement d’indigestion ».

15 commentaires »

  1. Doucement mais sûrement, nous retrouvons ton verbe et ton phrasé Samir.

    Mais que conseilles-tu donc, le statut quo ? Le juste milieu ?
    Où la vieille stratégie du  »je t’aime, moi non plus ».

    Comment sortir son épingle du jeu dans l’hypothèse ou le jeu n’est pas encore biaisé ? (Karim et Tariq comprendront).

    Comment by Belsunce — 25/05/2011 @ 18:08

  2. Ce billet me rappel furieusement un moment de ma life.
    Lorsque j’ai jeté mon dévolu sur cette fille, elle était le noyau, j’étais l’électron. Elle ne faisait pas un pas sans que je sois à ses trousses. Résultat : Overdose.
    Puis, du jour au lendemain, plus rien. Elle tournait à gauche, moi à droite. Et si elle prenait l’initiative d’engager la conversation, j’y mettais un terme d’un cinglant « dsl pas le temps ».
    un jour passa, puis deux, puis trois. Au quatrième, la consécration : « pk tu m’évite??je comprends plus!! ». Un sentiment de puissance m’a alors envahit.
    Ce fut la première fois que j’ai pris conscience de la puissance de l’absence.
    Thanks Samir pour ce petit moment nostalgie.

    Comment by beurdecacahuete — 25/05/2011 @ 18:44

  3. Quand les banques d’affaires et les palais du Bosphore filent la même métaphore… bien trouvé Samir.

    Ajoute à cela que les puissants sont extrêmement versatiles, aiment à varier et peuvent se coucher en vous aimant pour se réveiller vous détestant vous, votre tronche, vos manies, votre façon de parler, etc, etc.
    Ils apprécient même parfois, dans un mélange de jalousie et de cruauté, de torturer gratuitement leur favori du moment.
    Si le prétendant-Darüssaade aǧası ne possède pas des qualités autres que les compétences que tous ces comparses affichent également, ie savoir faire des imitations convaincantes, lire dans le marc de café ou encore jouer au poket, il est tout aussi out… La valeur ajoutée réside parfois en des domaines inattendus.

    Le prétendu état de grâce est une chose fort éphémère et n’est pas forcément à rechercher.

    Comment by Malak — 25/05/2011 @ 18:45

  4. poker, comme dans Patrick Bruel, et non pas poket…

    Comment by Malak — 25/05/2011 @ 18:47

  5. Les bons articles à la JRM sont de retours… Désolé Samir mais je commence mes catch screen, j’ai peur de ne plus retrouver tes articles :) sorry bro

    Comment by rachid — 25/05/2011 @ 21:12

  6. @ Malak: Vive les moutons à 5 pattes. Le fameux « well rounded individual »

    @ Belsunce: C’est tout un art de savoir quand parler et quand se taire. Quand rejoindre et quand quitter une assemblée. Qui est économe de ses mots est religieusement écouté quand il s’exprime. C’est un dosage subtil. Ca s’apprend avec le temps :)

    @ Rachid: pillard!

    @ Beurdecacahuète: c’est aussi simple que ça

    Comment by Samir — 25/05/2011 @ 22:39

  7. « L’amour ne meurt jamais de faim… seulement d’indigestion ».
    Tout est dit!

    Comment by fanette — 26/05/2011 @ 07:59

  8. « A trop parler, trop se montrer, trop en faire on finit par se discréditer »

    Exactement.

    Le prophète (saw) disait: « La meilleur des oeuvres est celle du juste milieu »

    Comment by Jihane — 26/05/2011 @ 13:14

  9. Samir, histoire de faire classe et très poétique :

    tes articles sont comme une bonne douche, t’y rentres sans trop de conviction et t’en ressors propre et rafraichit et motivé :D

    Comment by Alexandre — 26/05/2011 @ 17:41

  10. du bon, trés bon!!

    Des fanatiques chez Goldman Sachs..

    Comment by deal — 26/05/2011 @ 19:04

  11. Je me demande si on peut échapper à cette… embuscade: hypothèse 1 tu n’atteins pas tes objectifs et t’es sur la sellette prêt à dégager ou 2eme scénario tu t’acharnes et tu y arrives très bien « au risque » de t’attirer la foudre des envieux qui vont te démonter à la moindre occaz. (confrères voire ton boss)

    Quel est ton conseil Samir? en prenant un peu de hauteur ce qui va agacer très vite et cramer tes cartouches, ne réduis-tu pas finalement la durée de ton (en)vol ? vois-tu un bénéfice à voler à hauteur de croisière, hauteur raisonnable qui ne va pas susciter l’envie des uns et des autres de t’évincer trop vite ce qui te laisse le temps de faire ce que tu as à faire(si oui dans quelle mesure? ou c’est complètement stupide car ta présence importune de toute façon et le temps t’est compté.J’ai du mal à manoeuvrer et à trouver la bonne position sans fourmiller sur ce point. snif flute et re-flute
    Merci.

    Comment by Meriam — 27/05/2011 @ 14:15

  12. ah oui j’allais oublier… cette réplique était trop bien :-)

    « Ferme ta mouille. Re-présidentialise toi. Fais-toi désirer. Les gens en ont marre de ta tête de chien. »

    Comment by Meriam — 27/05/2011 @ 14:18

  13. @ Meriam: quelle est la question?

    Comment by Samir — 27/05/2011 @ 14:22

  14. « Au prix d’un travail acharné et d’une révolution de palais, Kamel remplaça l’ancien favori »

    Et quand bien même Kamel avait dosé de façon plus fine ses présences et ses absences… est-ce qu’avant de se planter à ce niveau-là (très difficile si tout le monde te voit comme le mec au top), la première erreur de Kamel n’a pas été de s’exposer autant en prenant la place du grand favori? car de toute façon la place du numéro 1 est plus éphémère que celle du numéro 2 ou 3

    (vouloir la place 1= orgueil à satisfaire temporairement tandis que viser la place 2 ou 3= personne ne te verrait venir ni faire donc 3amrek twela ktir mais c’est moins la gloire c’est sur)

    Comment by Meriam — 27/05/2011 @ 15:10

  15. @ Meriam: le regard des autres n’est pas le problème. Sauf si tu n’arrives pas à le gérer, auquel cas tu devras te satisfaire d’une existence à raser les murs. Parvenir à un poste visible, c’est par définition s’exposer à la critique et la jalousie. C’est une constante des rapports sociaux depuis la nuit des temps.

    On peut vouloir la place de numéro 1 par orgueil. On peut aussi la vouloir par défi, par volonté de faire bouger les choses parce que seule la position de numéro 1 donne les pouvoirs nécessaires. Tout dépend de ta personalité et de tes objectifs, certains n’aiment pas la lumière et préfèrent vivre dans l’ombre d’un leader… parfois pour mieux tirer les ficelles.

    Comment by Samir — 27/05/2011 @ 16:45

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