RAELSAN
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Marty McFly avait débarqué dans sa Delorean d’argent. « Je reviens du futur » me dit-il tout en me tendant quelques feuillets « c’est une lettre que DSK a écrit à sa femme depuis Rikers ». Je le regarde, l’air grave: « il a fini en zonz ? ». Marty haussa les épaules « personne ne pensait franchement qu’il allait s’en tirer ». Il remonta dans son bolide à remonter le temps et disparu dans un ouragan bleu électrique. J’ai longtemps hésité avant de publier cette lettre ici. Mais je ne pouvais plus garder ça pour moi.
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Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?
Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais
Charles Baudelaire – A une passante
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Kamel était consumé par l’ambition.
Son pédigrée académique impeccable lui a ouvert les portes d’une banque d’affaires de première catégorie. Le Manchester United de la Finance globalisée. Le genre d’établissement qui pousse l’arrogance jusqu’à affirmer « accomplir l’oeuvre de Dieu ». Les premiers jours au bureau furent compliqués… les heures étaient interminable et la pression, suffocante. Kamel était en concurrence directe avec une horde de fantassins aux CVs plus étincelants les uns que les autres. Chacun tentait d’attirer l’attention d’un boss qui s’il avait été pède, se serait vautré dans le confort d’un harem peuplé d’éphèbes n’ayant d’yeux que pour lui.
Mais il n’était pas pède. Le tenant de la Sublime Porte n’était sensible qu’au travail parfaitement exécuté et dans le temps imparti. Qui obéissait à ces lois cardinales, se voyait invité à déjeuner régulièrement. Il devenait le favori du Sultan. Le chef des eunuques. Des avantages certains étaient associés à un tel statut.
Au prix d’un travail acharné et d’une révolution de palais, Kamel remplaça l’ancien favori qui, pour d’obscures raisons, tomba en disgrâce.
Trop heureux de cette nouvelle situation, le jeune homme se lança dans une cour assidue. Il aimait prendre l’initiative et chaque jour, c’est lui qui invitait le Sultan à déjeuner. Il aimait partager les bonnes feuilles du FT et de l’Economist avec ses jeunes collègues, et ne manquait jamais de mettre son boss en copie. Il passait devant son bureau pour un oui ou pour un non. A la fin, c’était souvent pour un « non ».
Puis vint une nouvelle révolution de palais, et Kamel tomba en défaveur à son tour. Il fut relégué à son ancien bureau et il lu sur les visages de ses collègues cette perverse satisfaction: celle qu’on éprouve à voir les puissants chuter de leurs trônes, et traîner dans la même boue qui tache nos chaussures.
La loi de l’offre et de la demande réduit mécaniquement le prix d’un bien dont la quantité augmente sans que le besoin de ce même bien n’évolue. A trop parler, trop se montrer, trop en faire on finit par se discréditer. On banalise sa présence jusqu’à ce qu’autrui souhaite ton absence. On devient la plante d’appartement qu’on finit par oublier d’arroser et qu’on laisse dépérir parce que la bouteille d’eau est trop loin. Les plus imbéciles, pris dans les sables mouvants du « pareil au même », s’agitent à redevenir désirable… oubliant que la vitesse d’engloutissement dans un « quick sand » est directement proportionnelle au nombre de gesticulations. Sarko est tombé dans ce même piège. L’actuel président avait séduit la France, qui s’était offerte à lui telle une maîtresse transie. Sarko n’a, d’ailleurs, jamais fait mystère de son style de séduction très cavalier: « la France ne se donne qu’à celui qui la veut vraiment » avait-il dit dans un documentaire consacré à Chirac. Juste après son élection, les sondages crevaient le plafond. Puis vint l’hyper président. A chaque JT, les français se voyaient forcés de prendre leur repas en compagnie de Sarko et Carla. C’était l’ère du « casse toi pov’ con ». L’ère du « bah vas-y descends… descends et viens me le dire en face »… un vocable qui ressemble à celui de ceux qu’il voulait nettoyer au kärcher du temps où il résidait place Beauveau… ce qui fera dire au scénariste d’un prophète, que la France avait voté pour Tony Montana.
Maintenant que Sarko est plus bas que terre, que lui conseillent ses éminences grises du marketing politique?
« Ferme ta mouille. Re-présidentialise toi. Fais-toi désirer. Les gens en ont marre de ta tête de chien. » Et celui qui pensait avoir raison contre tout le monde a fini par s’executer… le temps dira s’il n’est pas déjà trop tard. Les derniers sondages indiquent que le scandale DSK ne lui a aucunement profité… au contraire d’Hollande et Aubry.
Mais celui qui prend la France pour sa pute semble avoir méditer ces paroles d’une courtisane du 17ème siècle: « L’amour ne meurt jamais de faim… seulement d’indigestion ».
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… maman m’a dit que le bonheur,
c’était le plus important dans la vie.
Quand j’étais allé à l’école,
ma maîtresse m’a demandé ce que
je voulais faire quand je serai grand.
J’ai répondit que je voulais être heureux.
Ma maîtresse m’a dit que j’avais rien
compris à l’exercice. J’ai répondit qu’elle
avait rien compris à la vie.
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L’amitié pure et sans mélange n’exclut pas la critique. Penser le contraire, c’est ne pas connaître l’exigence que suppose ce pacte de sang qui lie deux êtres du même sexe (je ne crois pas en l’amitié homme-femme). Mais « la critique » a ses codes et ses bonnes manières. Il y a la critique frontale. La critique que l’on fait en public. Celle que l’on fait en privé. Celle que l’on fait de la main droite sans que la main gauche le sache. Avec mes amis, c’est toujours la subtilité que je préconise… même si, parfois, une critique directe qui va droit au but peut mieux fonctionner qu’une critique qui zigzague. Tout dépend du contexte et de qui l’on a face à soi: si les circonstances s’y prêtent, c’est une approche raisonnable des choses. Ce qui l’est moins, c’est celle que professent ces « âmes pures » qui font de la franchise en tout et partout une politique extérieure unilatérale dont devrait s’accommoder leur monde, puisqu’après tout, ne pas savoir souffrir la critique indique forcément la déficience psychologique de qui l’essuie.
Les motivations de ces champions de l’honnêteté, pour qui la critique « franche » est le modus vivendi, sont très éloignées d’une soi-disant pureté d’intentions. Quand tu les entends parler, c’est presque toujours l’hostilité qui surnage dans leur bave. Une hostilité qui dissimule mal un sentiment d’insécurité et un besoin de s’affirmer même si cela doit se faire au détriment de l’autre. C’est ce que j’appelle une « pute. Un « pote » a, par définition, le souci de l’autre. S’il formule une critique, il ne le fait pas pour satisfaire une envie irrépressible d’ouvrir sa bouche pour montrer combien il est honnête, il le fait parce qu’il souhaite ce qu’il y a de mieux pour son ami(e). Ce faisant, il analyse et étudie la personnalité de l’autre. Il élabore dans son esprit la façon la plus pertinente et la plus constructive de formuler sa critique. Il pense en stratège parce que son ami(e) mérite qu’on le soit un tout petit peu. On peut être méchant de façon stratégique… si la personnalité de l’autre s’y prête. Certains ont besoin qu’on fasse preuve de sadisme à dose homéopathique pour les aider à mieux avancer. Mais ce ne peut être la généralité. L’amour propre, en même temps que le bon sens de Descartes, est la chose du monde la mieux partagée. Certains s’affranchissent de cette donnée, non pas par excès de franchise, mais par facilité : c’est plus simple de débiter une pensée crue, telle qu’elle nous vient à l’esprit, que de la reformuler en tenant compte de la psychologie du « pote ».
Savoir faire passer un message à autrui de façon efficace demande de la réflexion. On a dit qu’une psychologie inversée (celle du faux méchant) pouvait parfois porter ses fruits… dans d’autres cas, il faudra peut-être commencer son discours en disant quelque chose de gentil pour enrober le feedback amer d’une couche de friandise…
Certain(e)s ne voudront pas s’embarrasser de ce genre de circonvolutions. « Si c’est un bébé qui est pas capable de s’entendre dire certaines choses… ben nique sa mère… j’y peux rien moi ». A ceux- là je réponds « vas-y poto… joue la à la Conan le barbare si ça te chante… tu verras ou ça te mènera dans ta relation avec les autres ».
Pour ma part, je me retrouve dans ces sages paroles de mes ancêtres arabes : « avant de décocher la flèche de la vérité, trempe d’abord sa pointe dans du miel. »
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Pourquoi Blondie ne fera jamais une bonne femme d’affaires? A cause de ce genre de commentaires:
« I heard Microsoft paid 8.5 billion dollars for Skype. What a bunch of idiots… I downloaded it for free »
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22h, sur la terrasse non-autorisée d’un snack du 18ème. Karim Texas et Mouss étaient assis à la seule table d’un bouge aux odeurs de salade-tomate-oignon. Le premier devait son nom à une paire de santiags qu’il avait eu la maladresse de porter au collège. Le second devait le sien à la paresse (trop de syllabes dans « Moustafa »). Politesse oblige, j’arrivai avec mon habituel quart d’heure de retard.
⎯ Vous avez commandé?
⎯ Oh ! Ca fait une heure on t’attend, zebi ! La faim distordait l’espace temps* de Karim. « Place ta main sur une poêle pendant une minute et ça te semblera durer une heure. Assieds-toi auprès d’une jolie fille pendant une heure et ça te semblera durer une minute. C’est ça la relativité » disait Alberto.
⎯ Plus c’est long, plus c’est bon mon frère.
⎯ Ressors moi une phrase comme ça et tu manges le pavé. Comment je suis ja3ane ! Un truc de malade. Je pourrai manger un espadon… ou alors une sirène.
Il avait fait cette dernière remarque en voyant les deux jeunes filles, serrées l’une contre l’autre, qui venaient d’atterrir en scooter. Elles s’engouffrèrent dans le snack en nous souhaitant un bon appétit. Karim Texas dévorait avec les yeux. Il chuchota :
⎯ Tu vois la grande là ? On dirait la petite sœur à Jessica Alba. Ben, elle, je la consomme sur place… direct mon frère. Et sa copine je la mets dans mon happy meal à emporter. Ca sera mon petit jouet.
⎯ Reste tranquille. C’est pas la sœur de Jessica Alba. C’est celle de Zaïd.
Mouss avait le regard réprobateur du chaperon.
⎯ Dis Wallah, c’est la sœur à Zaïd ?! La petite Sihem là ? Comment je l’ai pas reconnue. C’est pas possible comment ça pousse ! Hier encore elle jouait à 1,2,3 soleil et elle mangeait des petits princes. Je suis choqué la.
⎯ C’est ça les filles d’aujourd’hui mon frère. Les collégiennes ressemblent à de veilles lycéennes. Et les lycéennes se font passer pour des femmes fatales ayant tout vu, tout connu, tout expérimenté. Elles baignent dans une société de l’image et du sexe qui porte aux nues Miley Cyrus et Vanessa Hudgens. Regarde les skyblogs de ces gamines et tu verras des filles de 13 piges se prendre en photo avec le nom d’un garçonnet écrit au rouge à lèvre sur leurs poitrines contre la monnaie sonnante et trébuchante de leur petite économie autarcique: le commentaire. « 20 comm’ et j’montre mes seins ». Skyblog et FB sont devenus le Walhalla des pédophiles.
⎯ Starfallah… comment c’était pas comme ça quand on était au collège, nous. Elles savaient même pas s’habiller les filles. Tu te rappelles ou pas ? Elles s’en battaient les couilles de la mode. Elles jouaient au foot avec nous. Elles avaient même de la khnouna.
⎯ Ouais je m’en rappelle. Mais tout ça participe d’une doctrine consumériste qui vise à préparer les clientes de demain. On ne s’en rend pas compte, mais cette société vole l’enfance de ces gamines. On les pousse dans l’adolescence avant même qu’elles aient eu le temps de jouer à la poupée. Y a des soutifs rembourré pour petite fille en dessous de 10 piges… des gammes de maquillage pour enfants… des strings pour enfants ! La réalité c’est qu’on ne veut plus de petites filles. On veut des adolescentes et des femmes. Les premières consomment pour ressembler aux secondes (on veut faire plus âgée). Les secondes pour ressembler aux premières (on veut faire plus jeune). Et qui se frotte les mains ? L’Oréal.
Mouss gloussait. Il jouait avec son iPhone en écoutant la conversation.
⎯ Je viens de faire un tour sur skyblog… wallah mort de rire. Ecoute… « je suis tout ce qu’il y a de plus superficielle et j’assume »… « je clake, jme kiif pas besoin de le dire je sais que j’aii duu style, les batards me critik mais au fond ils m’ont tous kifféééé ». Langage de chauffeur poids lourd blindé de fautes d’orthographe. Ca fait mal aux yeux.
⎯ En même temps on leur demande plus de savoir parler. Leur vocabulaire se résume à une feuille A4. C’est tout ce dont elles ont besoin pour remplir la fonction que la société (dont les plus fidèles porte voix sont les magazines féminins) a choisis pour elle : consommer et séduire. Le matraquage médiatique a fini de la convaincre qu’acheter et plaire, c’est exister…
⎯ Nan mais reviens sur les gamines qui font plus vieilles, moi je comprends Benzema et Ribéry franchement. Comment t’aurais pu deviner qu’elle avait 16 ans à l’époque où elle cherchait la meringue, Zahia ? Obligé tu tombes dans le panneau. T’as vu la carrosserie un peu ? C’était une jument de race, zebi. Et après tu découvres quoi ? La jument était en fait une pouliche qui venait de rater son brevet des collèges. C’est un signe de la fin du monde ça. D’ailleurs, j’ai vu qu’elle habitait Créteil la petite Zahia. Elle est vers chez moi. Je suis en train de chercher son adresse là. Je vais la sortir de ce pétrin. Je vais la ramener dans le dine, tu vas voir.
⎯ Tu vas rien ramener du tout. Starfallah… mange au lieu de dire n’importe quoi.
Mouss poussa son assiette de frites vers Karim Texas pour le faire taire.
⎯ Ben quoi ? Elle a pas le droit ?
⎯ Elle, elle a le droit. Mais le jour où toi t’essaies de te la raconter « je suis Orphée et je vais sauver Eurydice », c’est toi qui sera à plaindre. Orphée est descendu en enfer pour reprendre Eurydice à Hadès. Sa femme devait le suivre sur le chemin du retour sur terre… mais si par malheur il se retournait pour la regarder, elle resterait à jamais en enfer. Te connaissant, j’ai bien peur qu’à vouloir la tirer des enfers, non seulement tu vas te retourner, mais en plus tu vas taper dedans.
⎯ Dis pas n’importe quoi… allez mange toi aussi avec tes histoires chelous.