Vendredi, janvier 20, 2012

DE L’IMPORTANCE DU TRICOT POUR UNE FEMME

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Le froid s’est installé sur le canapé de la maiz. Il a mangé tout le pop-corn et ne veut pas rendre la télécommande. Le froid, c’est un peu comme ce couz de province élevé dans la forêt: la tignasse alourdie d’huile d’olive, la dentition hostile et les manières d’un bédouin qui urine dans une mosquée. Chaque année c’est la même: on sait qu’il va se ramener… on ne sait juste jamais quand. La douceur de Novembre et Décembre nous ont fait espérer jusqu’au bout. Peut-être avait-il décidé de rester dans son terrier cette année? Les météorologues qui n’ont pas la dithyrambe facile se lâchèrent: « 2011, année la plus chaude depuis le XIXème siècle »… jusqu’à ce que 2012 vienne. Tous ont du se résoudre à ranger les polos et les chemises printanières. Le couz est sorti de sa cabane. Il a la mine méchante de celui qui sait n’être pas le bienvenu. Il veut rattraper le temps perdu et promet déjà les pires sévices au bon vieux thermomètre du jardin.

Il ne me fait pas peur.

Le froid… c’est la tristesse de Khalil Gibran, dans Un Prophète. Quand la douceur mange à ta table, n’oublie jamais que le froid dort dans ton lit.

Alors une femme dit, Parle-nous de la Joie et de la Tristesse.
Et il répondit: votre joie est votre tristesse sans masque.Et ce même puits d’où monte votre rire a souvent été rempli de vos larmes. Et comment en serait-il autrement ? Plus la tristesse creusera profond dans votre être, plus vous pourrez contenir de joie. La coupe qui contient votre vin n’est-elle pas justement la coupe qui a été cuite dans le four du potier ? Et le luth qui apaise votre esprit n’est-il pas fait justement d’un bois évidé avec des couteaux ? Lorsque vous êtes joyeux, regardez au plus profond de votre coeur et vous découvrirez que c’est seulement ce qui vous a donné de la tristesse qui vous donne de la joie. Lorsque vous serez envahi de tristesse, regardez de nouveau dans votre coeur, et vous verrez qu’en vérité vous pleurez pour ce qui avait fait vos délices. Quelques-uns d’entre vous disent, « La joie est plus grande que la tristesse « , et d’autres disent,  » Non, c’est la tristesse qui est la plus grande « . Mais je vous le dis, elles sont inséparables. Elles viennent ensemble, et quand l’une est assise seule avec vous à votre table, n’oubliez pas que l’autre est endormie sur votre lit.

Moi je n’ai pas oublié. Ou plutôt, on n’a pas oublié pour moi. De petites mains se sont affairées et m’ont tricoté cette belle écharpe que je porte aujourd’hui. Qu’elles en soient remerciées. Je la porte comme une distinction militaire. Un genre de croix de guerre qu’on m’aurait décernée pour avoir sauvé un camarade de chambrée de l’échafaud.

Je fais le paon.

Et tous me jalousent.

C’est bon d’avoir quelqu’un qui pense à soi. Mesdames, ne sous-estimez jamais le pouvoir du tricot sur le coeur des hommes. Quand on me presse de révéler la boutique où je me suis procuré cette merveille, je réponds toujours, la moue hautaine: « te fatigue pas. C’est une pièce unique. Ca ne s’achète pas. Ca s’offre. »
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posted by Samir at 13:17  

Jeudi, janvier 12, 2012

HELP PLEASE

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Je recherche un(e) photographe capable d’arriver à un rendu semblable à la photo ci-dessus. Tu peux m’aider? Je paye en nature.

Tu peux poster ta suggestion dans les commentaires, ou tu peux m’envoyer un gentil message à samir@cavearabum.com.

Mille mercis.

posted by Samir at 14:37  

Mardi, décembre 13, 2011

LETTRE A MON FILS

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Le 6 juin 1944, le General Patton adressa une lettre à son fils George Jr, cadet à l’académie militaire de West Point. Au moment de l’écrire, Patton préparait ses troupes au combat sur le sol anglais à seulement quelques heures du débarquement en Normandie. L’heure était grave. Je n’ai pas trouvé de traduction valable de cette lettre. Je l’ai donc traduite – un peu vite, j’avoue – pour ton bon plaisir. C’est une missive virile. Cependant, derrière le style télégraphique du militaire qui méprise les formules ampoulées, on ressent l’amour pudique d’un père pour son fils. Et même s’il s’en défend, Patton livre ici les ultimes recommandations d’un homme qui ignore si cette bataille sera la dernière.
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posted by Samir at 12:23  

Vendredi, décembre 9, 2011

DANCE TONIGHT

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Stratégie 2/3.

Ma plume reste en suspens. L’inspiration est là mais l’envie, elle, s’est envolée. Un jour, peut-être, te révélerai-je la relation entre Abou Mazen et cette mystérieuse brune opiacée. Aujourd’hui je n’en ai pas le cœur. J’ai une nouvelle partenaire de jeu : une Nouvelle que j’ai commencée à écrire il y a quelques mois et qui accapare tout mon temps d’écriture. Au début, sa jalousie d’enfant refusant de partager ses jouets m’attendrissait. Maintenant, elle me fatigue. « C’est soit moi, soit ton blog ». La courbe de ses métaphores et son cul bombé comme une caisse de résonance d’assonance eurent raison de ma monogamie. Je délaissais ma régulière pour une Nouvelle venue.

J’écris comme DSK butine. C’est une faute morale. Je fais ce que je veux. Après tout, Âne m’aime.

Mais voilà, cette chienne a pris la confiance (ma Nouvelle, pas Âne) : sûre de son emprise sur mes pensées, elle a abandonné ses bonnes résolutions diététiques. Comme si elle n’avait plus besoin de me plaire. Ma Nouvelle a grossi et ressemble à un petit roman. Je la préférais mince. Même si ses hanches généreuses ne sont pas pour me déplaire, j’ai décidé de la faire maigrir. De couper dans le jarret de phrases trop longues. De faire fondre la graisse d’une figure de style trop emphatique. A la fin, elle sera de nouveau belle. Et je pourrai enfin te la présenter. Si t’es un mec, tu voudras te la faire. Je le sais. Ce sera la seule fois où j’accepterai de faire tourner. Si t’es une fille, tu en viendras immanquablement à t’interroger sur ta sexualité. Parce qu’elle est bonne, ma Nouvelle.

En attendant faut que je te dise un truc.

Arrête de me demander d’écrire ce que je ne veux plus écrire. Coucher des platitudes sur le papier et me restreindre aux seuls sujets du business et de l’économie c’est faire le choix d’une facilité que je m’interdis. J’ai tenté de m’en expliquer ici.

« Ils ont des oreilles, mais ils n’entendent pas ».

Et puis, il faut le dire, je suis passé à autre chose. Je ne tiens plus à être le marchand d’une idéologie à laquelle je ne crois plus. Si tu es encore ici, c’est que tu me lis pour autre chose qu’un Fama-French. Si tu es encore ici, c’est que ce putain de blog est la seule façon qu’on ait trouvé d’être ensemble. Et puis, avoue, tu me kiffes. On a appris à se connaître. On a le même amour des mots. Pour nous, ils ont quelque chose de sacré… d’aphrodisiaque même. Si tu es encore ici, c’est pour la danse qu’ils y exécutent. Pour leurs manœuvres enjôleuses qui, doucement, amènent à la jouissance.

Le but ultime de cette œuvre est « d’enfanter une étoile dansante ». Eh bien, dansons, maintenant.

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posted by Samir at 18:14  

Samedi, octobre 8, 2011

STRATEGIE (1/3)

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La rupture avait été orageuse.

Un vrai bordel. Elle avait hurlé comme une psycho pendant des heures avant de verser toutes les larmes de son corps. Une putain de mousson. Elle en avait le t-shirt tout trempé et je n’avais pu m’empêcher de remarquer comme ça mettait en valeur ses lourds attributs. J’étais le beauf campeur qui bavait devant miss t-shirt mouillé. J’avoue l’avoir faite souffrir au delà du concevable. Un truc dégueulasse façon supplice de shibari.

Suffocation sublime.

Les trucs « sado » c’est pas ma came. Mais voir une femelle souffrir réjouit cette partie de moi-même qui ne connaît que le mal. Je ne me l’explique pas. Je constate avec ceux qui constatent.

Honteux? Je t’emmerde.

Mais j’avoue qu’après 3 semaines, j’en menais pas large. Ma brune opiacée me manquait. Saloperie d’addiction. Elle refusait de me voir. Malgré les fleurs et la boîte de macarons Ladurée. Malgré le sit-in devant sa porte façon « Occupy Wall Street ».

Puis vint la lumière : le discours de Mahmoud Abbas à l’ONU.

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posted by Samir at 00:01  

Jeudi, octobre 6, 2011

STEVE مع السلامة

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Il était accroupi, nu, les yeux dans le vague, ses bras décharnés accrochés à une cuvette de porcelaine comme s’il s’était agi d’une boué. Son corps frêle, pris de haut-le-cœur, tremblait comme celui d’un petit moineau blessé. Un liquide amer, mélange de sang coagulé et de suc digestif, remonta son œsophage avant d’exploser dans sa bouche. La douleur était atroce : chaque déglutition lui donnait l’impression d’avaler une lame de rasoir. Il haletait. Il hoquetait, cherchant désespéremment son souffle.

Il était en train de crever. Il le sentait.

Il se leva, nettoyant la bave morbide qui lui maculait les lèvres et le menton. Son miroir lui renvoyait l’image d’un homme qu’il ne reconnaissait plus. La carcasse osseuse d’un Somalien mal nourri. La mélanine en moins. Il se souvint d’une conversation qu’il avait eu avec un prêtre. L’ecclesiaste voulait panser ses blessures. Au lieu de quoi, ce fils de pute en soutane les avait frottées de gros sel. « Vous avez eu une belle vie. Vous avez changé le monde. Bientôt vous en rejoindrez un autre, encore plus beau ». « Quel ramassis de conneries », s’était-il dit intérieurement. Il ne voulait pas d’un autre monde « plein de fleuves de lait et de miel ». Il crachait sur la religion. Sur leurs religions. Lui, avait crée la sienne. Il en était le prophète incontesté. Un culte qui avait pour symbole le fruit défendu. Une pomme entamée. Comme pour dire au monde qu’il le baisait là où il respirait. Lui, et ses conventions. Il avait croqué cette pomme en même temps que ses concurrents. N’avait-il pas renversé la table d’industries réputées impénétrables ? Téléphones, Smartphones, ordinateurs portables et de bureau, musique, films d’animation, tablettes sans parler de la TV sur laquelle il avait jeté un regard plein de lubricité.

« Stay hungry. Stay foolish »

Partout il avait distribué le « pain » de sa vision. « Prenez, ceci est mon corps ».

Et ils prirent.

Il fit bouillir de l’eau avant d’y ajouter la concoction préscrite par un vieil herboriste de Chinatown. Un truc à base de bambou, d’écorce de saule pleureur et de coquilles d’œuf d’hirondelle. Une mixture immonde. C’était, là encore, une façon de dire au monde d’aller se faire foutre. Il ne mangeait pas comme les autres, ne se garait pas comme les autres, et avait décidé de ne pas se soigner comme les autres. Il s’habilla avant de s’aventurer sur sa terrasse. La lumière du jour lui fit du bien. Il n’avait plus peur et sa douleur s’était estompée. Il se rememorra sa vie. Ceux qui l’avaient traversée. Paul. Clara. Mona. Wozniak. Gates. Lasseter. Ive. Cook. Chris-Ann. iPod. iMac. iPhone. iPad. iTune.

Lisa.

Sa mélancolie était abyssale. Comme si toute sa vie n’avait été qu’un songe dénué de sens. Une expectoration ultime accompagna une dernière pensée: rien de ce qu’il avait fait n’avait d’importance. Il sentit une main glaciale, un morceau de l’Arctique, se poser sur son épaule.

Steve Jobs était mort.

L’orgueil est toujours parmi nous.

posted by Samir at 10:53  

Jeudi, septembre 29, 2011

MOULIN A PAROLES ET MACHINE A SOUS

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Le feu rouge tardait à passer au vert. Djibril s’impatientait du côté passager. Il tuait le temps en pianotant sur un iPhone à l’écran explosé. « J’ai fait la connerie de pas prendre l’Apple Care… du coup j’attends l’iPhone 5″ s’était-il justifié. J’examinais ses doigts décharnés en même temps que je surveillais le feu.

Alexia 06.11.24.37…

Encore un de ces stickers bas de gamme collés sur les poteaux des feux tricolores à l’attention des adeptes de plaisirs tarifés. Y en avait partout: « Sabrina 07.11.54.64… » « Trans 06.16.99.10… » Collés les uns sur les autres. Certains jaunis par le temps. D’autres à moitié déchirés et présentés comme des trophées par des gamins prépubères.

Moi aussi je voulais tuer le temps. Et, accessoirement, infuser un peu de légèreté dans un habitacle que l’attente avait rendu silencieux.

« T’as déjà appelé un de ces numéros? »

J’avais pris le partie de ne pas le regarder dans les yeux. Djib sentait les mauvaises blagues à dix kilomètres. Il cessa de jouer avec son téléphone. Il ne disait rien. Il ne souriait pas. Il avait rougi, sans que je sâche si c’était de colère ou de honte. Puis les traits de son visage se détendirent et un ersatz de sourire fit son apparition.

« T’es malade, frère. La baise par téléphone? C’est un truc de ouf, ça. T’appelles, tu khalasses*, et une femme avec une voix de cendrier te parle. T’imagines le truc de ouf? Payer une femelle pour qu’elle ouvre la bouche? C’est comme si tu payais de la poissecaille pour nager. »

Il avait rangé son phone dans une poche de 501 à peine assez large pour accueillir une VISA. Il répétait comme pour lui même:

« Payer une greluche pour caqueter… t’es sérieux, toi? »

J’aurai voulu le consoler en lui rappelant qu’un certain nombre d’entre elles dépensaient des fortunes chez des charlatans pour qu’on daigne les écouter. Mais le feu était enfin passé au vert. Et ça klaxonnait déjà derrière.

 

* khallass: payer

posted by Samir at 15:59  

Jeudi, septembre 15, 2011

504 DIPLOMES

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Mon père est un passionné d’automobile. Quand j’étais petit, il nous réquisitionnait, mon frère et moi pour l’aider à parachever ce qu’il considérait être l’œuvre de sa vie : retaper la carcasse d’un 504 coupé V6, acheté quelques milliers de francs au plus grand dam de ma mère…

… et du nôtre.

Maman se voyait privée de son époux qui lui préférait une rivale de fonte et d’acier et nous nous voyions privés des matchs de foot du quartier après avoir été chauffés à blanc par un épisode d’Olive et Tom.

Mon père avait beau nous décrire la généalogie de son tacot, il avait beau nous expliquer que ses lignes avaient été dessinées par Pininfarina, le carrossier de Ferrari… rien n’y faisait. Mon frère et moi avions la mine maussade d’un Kunta Kinté arraché à sa terre natale.

La 504, c’était le bagne.

J’ai abimé mes petites mains à poncer le galbe métallique de ses ailes. Mon dos s’est vouté sous le poids de pièces détachées que je passais à mon père comme un scalpel à un chirurgien. J’étais l’infirmier sadique qui priait chaque jour pour que crève sa putain de patiente. En vain. Papa n’était pas le Dr Bonnemaison. Le peu d’entrain que nous montrions à la tâche l’avait d’abord blessé. A l’écouter, nous aurions du être fiers de participer à cette aventure. Et puis, voyant nos regards qui s’obstinaient dans l’incompréhension, il avait décidé de faire de ces week-ends une véritable leçon de vie : « Vous souffrez ? Al hamdoulillah. Maintenant, vous savez ce que c’est que le travail. Si vous ne bossez pas bien à l’école, c’est toute votre vie que vous allez porter des taules. C’est les diplômes qui vous protègeront de cette vie de misère.»

Les chiffres semblent lui donner raison.

Un américain diplômé de l’université encaissera, en moyenne, 3.6 millions de dollars durant toute sa carrière. Son compatriote, s’il s’est arrêté à l’équivalent de notre bac, ne peut espérer guère plus d’1.3 millions de dollars. Une autre étude, si elle donne des chiffres différents, conforte cette tendance largement favorable au plus diplômé des deux, puisque l’écart de salaire constaté s’élève à 75%.

Trois choses viennent, aujourd’hui, remettre cette réalité en perspective :

1. Le terrain. C’est la réalité de milliers de jeunes diplômés qui se prostituent stage, après stage, après stage en dépit du fameux sésame délivrés par leurs écoles… même quand elles sont prestigieuses. On connaissait la mendicité des rues où, en échange d’un pare-brise lavé à l’eau savonneuse, de petits tziganes dégourdis t’escroquent de quelques piécettes. On apprend à connaître celle des bureaux où certaines sont prêtes à échanger leur cul contre six mois de plus à remettre de l’eau dans la machine Nespresso. Les jeunes diplômés sont devenus les serfs de nouveaux monarques absolus.

2. La dévaluation brutale de la monnaie « diplôme ». Hier, aussi sûr et solide que le franc suisse, il présente aujourd’hui à peine plus de garanties que le peso argentin. La faute à cette satanée planche à billet qui n’a cessé de tourner entre 1990 et 2007, puisque elle a imprimé 22% de diplômes supplémentaires en Amérique du Nord, 74% en Europe, 144% en Amérique Latine et 203% en Asie (cf. The Chronicle of Higher Education). Cette tendance inflationniste ne doit pas masquer une autre réalité beaucoup plus menaçante à long terme: sur 150 millions d’étudiants universitaires en 2007, 70 étaient asiatiques. Les pays émergents se donnent les moyens de leur potentiel de croissance et forment leurs populations à une vitesse vertigineuse. Phénomène à mettre en perspective avec la raréfaction des contrats d’expatriation : qui a besoin d’un français payé comme un Ministre du pays d’accueil quand on peut engager un contrat local, aussi performant, bien plus motivé et pour vingt fois moins cher ?

3. Une redéfinition de la valeur ajoutée au travail combinée aux nouvelles technologies. Toute profession qui peut être saucissonnée en une succession de tâches dématérialisables, est une victime potentielle d’un microprocesseur où d’un diplômé low-cost. Tout un pan de la classe moyenne a commencé à souffrir de ce bouleversement : des ingénieurs informatiques aux comptables, en passant par les cadres commerciaux. Les mauriciens codent mieux que les premiers pour moins cher et avec le sourire. Les indiens à $2 de l’heure sont au fait des dernières normes IFRS. Et ils bossent pendant la fête du travail. Des vendeuses à l’accent tunisien peuvent vendre la même chaudière que ton petit cadre commercial bedonnant. La voiture de fonction et les arrêts maladie en moins. Tout ce qui peut être automatisé le sera. Tout ce qui est offshorable également. Un diplôme, quel qu’il soit, n’y pourra rien.

Ironiquement, les métiers les plus protégés de cette redistribution des cartes sont les moins glamour. Ils sont ceux dits à « moindre valeur ajoutée ». Un coiffeur, par exemple, ne sera jamais remplacé par un logiciel. Ni par une quelconque machine. Une coiffure ne sera jamais exportable vers un pays à bas coûts. Une fuite d’eau dans ton appartement nécessitera toujours un plombier.

Papa a toujours raison (même quand il a tort).

Pour encore combien de temps ?

posted by Samir at 15:55  

Jeudi, septembre 15, 2011

HASAN SALAAM

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Pour ceux et celles qui ont la chance d’être sur Paris ce soir, l’Institut des Cultures d’Islam donne un concert exceptionnel. Hasan Salaam, un des meilleurs rappeur américain underground, vient nous y faire découvrir des textes engagés, empreints d’une quête spirituelle touchante. Le tout mâtiné d’un flow à la 2Pac qui ne gâche rien. Ca tourne en boucle dans mon autoreverse. Et ma tête bouge toute seule.

Les détails c’est par ici.

De rien.

posted by Samir at 12:54  

Jeudi, septembre 8, 2011

DIPLOCAÏNE

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Miss F, jeune lectrice qui s’abime la santé en Prépa, m’a gentiment demandé quels étaient les périodiques que j’oscariserai si une telle récompense venait à exister. L’ exercice exige une séléction des plus draconienne : pas question de livrer une interminable liste « copiée-collée » depuis les bookmarks de mon navigateur. C’est l’injection de drogue la plus pure que Mademoiselle réclame. Et comme je ne sais pas dire non aux filles, voici ce que j’ai bicrave à mon adorable junkie.

Sans surprise, le gros des publications reste anglo-saxon :

1. The Economist
2. Strategy+Business (le magazine du cabinet de conseil Booz & Co)
3. Fast Company
4. McKinsey Quarterly

Dans cet ordre.

La dominante est business. Il fallait s’y attendre. A noter que The Economist traite également de sujets de société et de géopolitique. Brillamment qui plus est… même s’il faut toujours le lire avec un œil critique : à titre d’exemple, The Economist fut l’un des plus ardents défenseurs de l’invasion irakienne.

En langue française, je ne citerai qu’un journal. Un seul. Un mensuel. C’est le Le Monde Diplomatique. Mon chouchou. Le « Diplo » c’est un journal de la résistance. Ne serait-ce que par son business model qui mérite qu’on s’y attarde : 51% de son capital appartient au journal Le Monde. Les 49% restant sont répartis entre l’association Günter Holzmann, qui regroupe l’équipe rédactionnelle du « Diplo », et l’association des Amis du Monde Diplomatique. La majorité de blocage s’élevant à un tiers du capital, il en résulte que Le Monde n’a plus aucun pouvoir sur cet enfant turbulent qui fut, à l’origine, un supplément dédié aux diplomates et autres organisations internationales. En témoigne, le débarquement manu militari d’Eric Fottorino, quand le redacteur en chef du « Diplo » est, lui, élu par ses pairs. Niel, Pigasse et Bergé peuvent virer Fottorino. Ils ne pourront jamais rien contre Serge Halimi. Petite parenthèse, ce mode d’élection du rédacteur en chef n’est pas l’apanage d’un courant de pensée, plutôt de gauche, puisque McKinsey, prestigieux cabinet de conseil et autre temple de la pensée capitaliste, désigne son Grand Prêtre de la même façon. La démocratie des idées n’est le pré carré de personne. Parenthèse close. Le Diplo c’est 2.4 millions d’exemplaires vendus chaque mois dans 28 langues avec un effort de diffusion considérable dans les pays émergents. C’est 90% de revenus assurés par les abonnements et la vente en kiosque là où le reste de l’industrie saigne en raison d’une addiction trop forte aux revenus publicitaires qu’Internet absorbe toujours un peu plus. Le « Diplo » c’est des articles d’une qualité qui relève de l’orfèvrerie. J’y ai lu le meilleur article traitant des agences de notation qui, bien que datant de 97 (!), reste d’une actualité troublante. J’y ai aussi lu un texte d’une poésie profonde sur la future exploitation des pôles.

Le Monde Diplomatique est un mensuel. Au moment où la pensée fast-food intoxique nos existences comme j’ai pu le décrire dans un récent article, le Diplo, lui, s’inscrit dans un autre rythme. Un autre temps. Celui de la réflexion. La première cause de la dégradation de la pensée c’est sa production à l’emporte pièce parfaitement illustré ici.

Twitter et Facebook c’est le « whaaaaaaaaat ? » de Lil Jon.

Signe de son sérieux journalistique, le « Diplo » accorde un budget conséquent au journalisme d’investigation. Le reporter va extraire lui-même sa matière première. Il n’outsource pas son travail à des mineurs chiliens. Il ne se contente pas de répéter une dépêche AFP. Un journaliste qui prend sa pelle et sa pioche et qui va charbonner, ça aussi, ça compte. Comme compte la générosité du journal qui met à disposition ses archives gratuitement sur son site. Tout cela contribue à faire du Monde Diplomatique un OVNI dans le monde de l’information.

Pour finir, à ceux qui pensent que lire à la fois The Economist et Le Monde Diplomatique relève du grand écart idéologique, je réponds ce que j’ai toujours répondu quand certains, mettent, chez moi, le paradoxe en évidence : « la marque d’une intelligence supérieure, c’est d’y faire cohabiter deux idées opposées, sans en altérer le bon fonctionnement ». 

posted by Samir at 19:35  
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